Jeune DJ installée à Clermont-Ferrand, Romane Santarelli signe une électro douce et classieuse sur son EP Zero. Elle sera tout au long du mois de juillet sur les scènes des festivals de la région.

Romane Santarelli

Comment une jeune femme originaire de Clermont-Ferrand, sans musicien dans la famille, se retrouve-t-elle à faire de la musique électronique ? Quel a été ton parcours pour arriver là ?

Romane Santarelli : C’est grâce à mon père que j’ai développé une passion pour la musique, il m’a mis une guitare entre les mains à l’âge de 10 ans, puis ils ont bien voulu avec ma mère m’inscrire en école de musique, j’en ai fait pendant 9 ans. À côté de ça, depuis toute petite je passais beaucoup de temps sur les ordis, à faire des montages vidéos, m’amuser sur des logiciels de retouches photos, j’avais un rapport assez créatif et ludique avec l’image. J’expérimentais des choses et un jour j’ai eu envie de combiner ces deux passions, la musique et les ordis, je savais que ça pouvait me permettre de m’enregistrer, de composer. Le problème c’est que quand on habite dans un petit village de l’Allier il n’y a pas grand monde pour nous montrer comment faire… J’avais 14 ans quand j’ai commencé à avoir envie et besoin de m’initier à la MAO. C’est arrivé tardivement parce que jusque là, ma seule expérience c’était un logiciel fourni par un CD d’installation offert dans un paquet de Kellogg’s… L’année du bac, je me suis procurée Ableton, de là j’ai appris en autodidacte. J’enregistrais surtout des chansons guitare-voix, je rajoutais des synthés par ci par là. 

Tu as créé ton EP Zero pendant le premier confinement. Comment as-tu vécu cette période de restrictions sanitaires, d’annulation d’événements culturels, de fermeture des clubs, sur le plan personnel et professionnel ?

Ce que je retiens de cet arrêt soudain,  c’est qu’il m’a permis de rattraper un peu mon retard pour lire la presse électro spécialisée, regarder des docus, passer mon temps à digger : quand je repense à moi il y a un an et demi, j’ai l’impression que je ne connaissais rien à la musique électronique, à son histoire. Je me suis construis des références, quitte à devenir presque maniaque de la référence d’ailleurs.

J’ai commencé à découvrir les sorties en club hyper tard, quand je composais Quadri, sept mois avant le début de la crise. Voir des concerts a toujours occupé une place importante dans mon quotidien mais je n’avais jamais eu cette culture du club, je l’associais à un milieu festif qui me faisait un peu flipper. Mais quand j’ai constaté que c’était des lieux où je pouvais découvrir des programmations de qualité, vivre des moments de dingue, dans une ambiance de liberté et de bienveillance, j’ai pris une claque. Quand le premier confinement est arrivé, ça a donc été une énorme frustration, je venais de découvrir un monde auquel j’allais devoir renoncer pour une durée indéterminée. Du coup, j’ai eu besoin de créer une musique qui me donnait de l’énergie, qui me galvanisait comme ces lieux-là.

Ça a changé complètement ma manière de créer : avant, c’était bonus si les gens se mettaient à danser dans le public quand je jouais. Depuis, faire une musique qui fait danser est devenue une obsession. Ça m’a rendue hyper productive et ça m’a fait énormément de bien pendant le confinement : Zero en est le résultat.

Tu décris ton EP Zero, comme un tableau de 22 minutes. Tu parles également de musique électronique intellectuelle et onirique. Comment définirais-tu le travail accompli avec cet EP ? Qu’est-ce que tu cherches à générer sur le public avec tes créations ?

J’ai eu besoin d’écrire une musique plus lumineuse, moins dark, en explorant une facette plus positive de moi. Il y a eu beaucoup de moments moins drôles pendant toute cette période à l’arrêt, donc j’avais besoin de transmuter ça dans une énergie positive à travers la musique. Je préfère la qualifier de musique cérébrale plutôt qu’intellectuelle. C’est un EP onirique, qui propose des paysages sonores, qui donnent envie de danser mais qui comporte une frustration. Ce n’était pas voulu mais ça se ressent. Je cherche à emmener les gens entre quelque chose de primitif, qui appelle à la danse, et quelque chose de plus introspectif, moins immédiat, qui relève du rêve. C’est important pour moi de réussir à capter les gens par des accroches familières, dans les structures, les mélodies, puis de les emmener vers des surprises, sur un terrain nouveau. 

De quelle manière le fait d’être synesthète impacte-t-il ta façon de travailler, de créer ?

Quand je crée,  j’enregistre plein de choses en vrac, c’est un vrai chantier, la structure arrive longtemps après. Quand j’arrive à avoir suffisamment d’éléments, je visualise en quelques sortes les différents tableaux, comme des bouts de puzzle, jusqu’à imaginer comment les assembler en un seul tableau final.

Si je n’ai pas une image quand je compose quelque chose, si ça n’évoque pas de couleur, ou de forme, alors je sais que je fais fausse route. Je supprime et je recommence autre chose. Je peine à me forcer à travailler sur quelque chose qui ne m’inspire pas d’images. C’est essentiel. Quand je crée, j’ai toujours l’impression qu’un morceau est une énigme à résoudre, c’est ça qui m’excite ! Je le prends comme un jeu de logique. Un peu comme les échecs… une autre de mes passions.

Calling Marian, que les lectrices et lecteurs d’Hétéroclite connaissent bien, a signé un remix de ton morceau Wide Awake paru sur ton EP Quadri. Es-tu sensible à la mobilisation de femmes artistes électro pour faire entendre leurs voix ? As-tu été confrontée au sexisme dans le milieu de la musique électronique ?

J’ai été assez épargnée du sexisme violent, des réflexions frontales misogynes, pourtant elles existent et il faut continuer de les dénoncer jusqu’à les bannir. Aujourd’hui ces problèmes sont encore trop présents, notamment dans le milieu techno, qui n’est pas celui dans lequel j’évolue.

En revanche, pour ce qui est du sexisme ordinaire, il est partout, et c’est celui là qu’il faut combattre deux fois plus, il est plus insidieux. Ce sexisme ordinaire, je le vois dans ma carrière mais aussi dans la vie de tous les jours, de la part d’hommes comme de femmes. Mais ça prend du temps de se déconstruire socialement, de se remettre en question. On doit tous s’éduquer ensemble et ce processus d’évolution est sur la bonne voie.

J’ai pu remarquer qu’il y avait aussi une forme de sexisme entre femmes dans ce milieu : des tendances rivales plutôt que solidaires. Réussir sans vouloir voir ses collègues féminines réussir, par peur de se faire voler la place. Pourquoi ? Parce qu’on a mis en tête aux filles qu’il n’y avait qu’une seule place disponible pour une seule fille, et ça se répercute dans les attitudes, sans que ce soit conscient en fait. C’est super triste. Il faut à tout prix être dans la sororité et l’entraide.

Tu as plusieurs dates de prévues cet été, dont une soirée aux Nuits de Fourvière en première partie de Woodkid. Appréhendes-tu particulièrement cette scène ?

Plutôt oui ! Parce que ce n’est jamais simple ce contexte de première partie d’un gros headliner comme Woodkid : les gens viennent le voir lui, et mon style étant assez différent du sien, il y a quand même l’appréhension de savoir si ma musique va toucher le public ou s’ils vont être impatients que je termine pour lui laisser la place (rires). Le contexte du théâtre romain va être assez impressionnant aussi niveau sensation… J’ai trop hâte !

On l’a dit, tu vis à Clermont, tu aimes les burgers à la Fourme d’Ambert, tu viens de signer avec l’agence de booking lyonnaise Mediatone. Est-ce que cela marque un ancrage en Auvergne-Rhône-Alpes ? Quels liens entretiens-tu avec le territoire ?

Les acteurs culturels de Clermont comme de Lyon ont toujours soutenu le projet, j’ai la chance d’avoir beaucoup de partenaires sur ce territoire, j’en suis très reconnaissante. Mais j’ai aussi besoin de découvrir de nouveaux horizons, je quitte la région à la rentrée de septembre après 5 ans passés à Clermont. La vie à Paris m’attire… même si ça va cruellement manquer de volcans et de burgers à la fourme !

Quels sont tes projets à venir ? 

Plein de choses arrivent, des singles, un LP, des sorties clips, des remixes. Les concerts reprennent aussi avec notamment une mini tournée en Turquie en juin, c’est la première fois que je vais jouer à l’étranger. On travaille beaucoup sur la nouvelle scénographie et le nouveau live 2022, l’équipe s’agrandit, ce qui me donne la niaque et plein de nouvelles idées. Je travaille également avec une compagnie de théâtre pour laquelle je compose la BO de leur nouveau spectacle. 

 

Romane Santarelli

 

 

 

 

 

À écouter :

L’EP Zero est disponible sur les plateformes de streaming et sur www.romanesantarelli.com

En concert :

Le 9 juillet au Tour du Forez à Saint Paul d’Uzore (42) / 04.77.76.69.44 /  www.letourduforez.fr

Le 13 juillet aux Authentiks à Vienne (38) / 04.74.31.78.59 / www.festival-authentiks.com

Le 22 juillet aux Nuits de Fourvière à Lyon (69) / 04.72.32.00.00 / www.nuitsdefourviere.com

Le 28 juillet à À La Folie Pas du Tout à Bourg-en-Bresse (01) / www.monastere-de-brou.fr

Le 30 juillet au Madcow Festival à Cheylade (15) / www.madcow-festival.com

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.