Élodie Petit et Marguerin Le Louvier ont réuni dix ans de leur production poétique en un seul volume, l’Anthologie Douteuses

Les éditions Douteuses, ce sont, depuis 2010, des plaquettes de poésie autoéditées à Lyon par Élodie Petit et Marguerin Le Louvier, sur du papier couleur, imprimées à l’arrache, distribuées comme on peut, c’est-à-dire peu. Ou, pour le dire dans les mots impeccables d’Anne Pauly dans sa préface : c’est « une maison d’excellence de pure tradition DIY-fanzine-photocopie avec des contenus douteux de qualité, aussi accessible qu’une chatte chauffée à blanc. » Et voici que paraît une anthologie rassemblant l’ensemble de ces textes. S’ils sont aujourd’hui dûment reliés dans un volume, ils n’ont rien perdu de leur combativité trash ni de leur fraîcheur pornographique. 

 

Le mauvais goût en bandoulière

Par leur existence même, les éditions Douteuses sont un geste de souveraineté : « s’autoéditer / comme autogestion / et autodétermination » dit un poème placé au début du livre. Et encore : « écrire sexuel·le » ; « tracter / distribuer / être libre / s’échanger ». Car ces éditions ne sont pas tant de celles qui doutent que de celles qui jettent un doute (sur les préjugés de classe, sur les stéréotypes de genre). Plus encore, elles sont d’un goût qu’on dit douteux (pas net, pas chic), mais qu’Élodie Petit et Marguerin Le Louvier fièrement revendiquent : le mauvais goût des femmes et des homosexuels (titre de Le Louvier), c’est le leur, n’en déplaise aux préjugés sexistes et homophobes. Il s’agit alors d’explorer des désirs minoritaires joyeusement mais frontalement ou, comme dit encore Anne Pauly, d’en parler « avec précision – et donc avec poésie ». 

 

Une poésie gouine et pédée

D’où ces textes porno libertaires, mais pas libéraux : « Arthur Rimbaud la gouine » (aka Élodie Petit) affirme certes qu’il faut « être absolument moderne et baiser plus », mais ici, le désir sans limite est sans cynisme, il est plutôt une occasion de célébrer les corps habituellement délaissés par le marché de la libido – corps prolétaires, corps odorants, ventrus, débordants, goûteux. Le Louvier : « J’aime tout / tout corps, tout corps plongé, drogué, tous les corps, tous ». Au fil des textes se mêlent l’auscultation burlesque de la culture pop (les hilarants Contes de l’anus de Marguerin Le Louvier, résumés queer de films hollywoodiens mainstream), des libidos débridées, et la rage qu’inspire une vie au RSA menacée par l’impuissance (Élodie Petit, Grande crue : « elles habitent en hauteur de tours dortoirs / d’ici elles rapportent et notent le paysage dérangé »). Mais toujours persiste le désir d’« être justes / et gentilles / et douteuses. »

Anthologie Douteuses (2010-2020) par Élodie Petit & Marguerin Le Louvier (Rotolux Press). En librairies et sur www.rotoluxpress.com 

 

 

© Anthedemos

 

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