Publié aux Éditions Terrasses, 28 jours de L. Bigòrra débute par une préface collective qui recueille les propos de plusieurs anonymes, et nous annonce frontalement ce dont le livre parlera : du VIH, de sexualité pédée et de politique. 

Et en effet, cette auto-fiction est structurée par la prise d’un traitement post-exposition (traitement médical permettant d’empêcher une contamination au VIH lorsqu’il y a eu risque de transmission). Elle durera les 28 jours du parcours de soins, et se lira comme un journal dans lequel le narrateur consigne ce mois hanté par l’idée du virus. 

Un mois décousu, marqué par l’errance et la répétition, à Paris, Toulouse, Barcelone…  Des villes qui se mélangent et se ressemblent, puisque c’est avant tout par l’enchaînement des plans cul que l’œuvre est rythmée. Si quelques relations se détachent (Julien, Izem, Leyvan) par leur inscription dans un temps plus long, ou bien parce qu’elles ébranlent plus profondément le narrateur, les autres rencontres semblent se répéter sans grande variété, et ne laissent qu’une impression périssable au protagoniste et aux lecteur·rices.

Si ce choix peut permettre un plus vaste tour d’horizon des sexualités pédées, conformément au projet du livre qui entend les explorer, la similarité des différents plans ne manque pas, quant à elle, d’instaurer une certaine monotonie.

 

Corps intime et politique 

Là où le livre réussit le mieux, c’est lorsqu’il nous livre le journal d’un individu inquiété par la possibilité de la maladie, interprétant soudain chaque manifestation physique comme une potentielle preuve de la présence du virus, et essayant tant bien que mal de rendre cette attente viable.

La sexualité du narrateur étant désormais perturbée par la prise de risque et le traitement, les récits de plans cul rendent compte des ajustements improvisés et difficiles à trouver entre la peur, la honte, la culpabilité parfois, et le désir qui, heureusement, demeure malgré ces entraves. C’est également pour lui l’occasion d’un retour réflexif sur sa sexualité : ce qu’il y cherche, ce qu’il y trouve, et en quoi sa vie intime se trouve, parce que pédé, indexée à une question sociale ne dépendant pas que de lui. Un sujet aussi intéressant que complexe, central dans un livre aussi ouvertement politique, qui connaît de bons moments, mais laisse un sentiment de frustration et un arrière-goût un peu trop superficiel, tant il aurait été souhaitable que l’ouvrage creuse ces réflexions plus en profondeur. 

28 jours de L. Bigòrra (Éditions Terrasses). En librairies. 

Lecture et dédicace avec l’auteur suivi des concerts de Kou et À Travers le 17 septembre 2021 à 19h30. Adresse et inscriptions en écrivant à contact@memoiresminoritaires.fr 

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