Était-ce vraiment une bonne idée, à la fin du mois d’août 2021, de se lancer dans le visionnage de Years and Years, la mini-série d’anticipation de Russell T. Davies réalisée pour le compte de la BBC en 2018-2019 ?

Le showrunner britannique, à qui l’on doit notamment Queer as Folk (actuellement disponible en streaming sur le site d’Arte) et It’s a sin, parvient à susciter chez les téléspectateur·rices un sentiment d’inconfort difficile à cerner au premier abord. 

Est-ce la proximité trop grande que nous entretenons avec les personnages et les situations qu’ils traversent qui fait naître en nous cette angoisse sourde ? C’est bien sûr le propre du genre de l’anticipation de jouer sur cette frontière poreuse entre ce qui existe déjà et ce qui pourrait advenir. Mais alors que le monde traverse une crise sanitaire sans précédent, la série acquiert une dimension nouvelle. Car ce qui crée réellement le malaise, c’est l’abandon progressif par les personnages de leurs valeurs humanistes au profit d’un individualisme forcené teinté de fascisme face auquel personne ne semble réagir. Ce silence de l’entourage face à la dérive, qui au final équivaut à approbation, nous terrifie totalement, sans doute parce qu’il nous parle de nous et d’aujourd’hui plus que nous ne pensions. 

En effet, il faut être aveugle pour ne pas voir qu’un glissement sournois est à l’oeuvre dans la société depuis l’épidémie de Covid-19, glissement qui semble s’être matérialisé dans des rassemblements fourre-tout sans agenda collectif au coeur de l’été. Ainsi, s’il est sans doute légitime de s’inquiéter des dérives possibles de l’instauration du pass sanitaire sur le long terme, il serait plus honnête intellectuellement de replacer ce débat dans une réflexion plus large sur le flicage numérique des populations, qui n’a pas attendu le variant Delta pour commencer. 

Quant à la force de frappe inattendue des idées obscurantistes qui s’engouffrent dans le sillage des anti-vax, elle souligne de manière cruelle la perte de crédibilité des institutions – et de tout ce qui est perçu comme tel – incapables désormais de faire entendre la voix de la raison à une partie de la population qu’une posture de rejet rend perméable aux théories les plus farfelues et aux prédicateurs les plus extrêmes. C’est dans ce marasme que s’ouvre la campagne des élections présidentielles, et il y a clairement de quoi s’alarmer. 

Seul espoir en cette rentrée 2021, les bons résultats du vaccin à ARN Messager (technologie sur laquelle travaillent les scientifiques depuis le début des années 1960) contre le Covid-19 ont convaincu des investisseurs et la biotech Moderna de lancer un essai clinique d’un vaccin de ce type pour lutter contre le VIH. Néanmoins, au vu des mutations rapides de ce virus, une dizaine d’années de recherche devrait être nécessaire. Dix ans, c’est précisément la durée de l’intrigue de Years and Years.

 

 

© Nadia Khallouki

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