Trois documentaires récents, Framing Britney Spears, Controlling Britney Spears et Britney VS Spears, nous renseignent sur la spirale juridique infernale dans laquelle est tenue la chanteuse depuis 13 ans. 

Il y a quelques années, invité au Lavoir public dans le cadre d’une conférence sur Britney Spears, nous avions ouvert notre réflexion par ce postulat : « Britney Spears n’existe pas, ce n’est que le fruit d’une construction marketing ». Nous étions loin alors de soupçonner les ramifications sordides, mues par l’appât du gain, dans lesquelles la chanteuse pop se trouvait enferrée. Ces dernières années en effet, au gré de rumeurs nées sur les réseaux sociaux, peu à peu confirmées par des révélations dans la presse,  Chris Crocker et son célèbre « Leave Britney Alone » lancé comme une bouteille à la mer sur YouTube se sont métamorphosés en Cassandre des temps modernes. C’est du moins ce que nous apprennent trois documentaires qui viennent de voir le jour coup sur coup sur des plateformes payantes concurrentes : Framing Britney Spears sur Amazon Prime Video, Controlling Britney Spears sur Hulu et Britney VS Spears sur Netflix. 

Nous étions bien sûr au courant des déboires de l’interprète de Baby One More Time dans l’obtention de la garde de ses enfants suite à son divorce avec Kevin Federline qui l’avait conduite à son annus horribilis de 2007, année où la presse people s’est repue ad nauseam des images de Britney Spears, furieuse et le crâne rasé, un simple parapluie comme protection de fortune, errant entre les pompes d’une station-service. Devenue alors sujet de raillerie, moquerie facile pour commentateurs en mal d’audience, Britney Spears s’écroulait sous nos yeux avides et médusés et l’on s’offusquait volontiers de l’acharnement des paparazzi à documenter cette femme fragile à la dérive. Nous n’imaginions pas alors que cette déchéance médiatique ouvrait la voie à la mise en place d’un noeud gordien d’une ampleur bien plus grande, au centre duquel l’interprète de Toxic allait se retrouver engoncée pendant treize longues années. 

Conservatorship

C’est en effet ce qu’il advient à partir de 2008 que mettent en lumière ces trois documentaires et notamment le concept de conservatorship, sorte de mise sous tutelle du droit américain, qui a permis à Jamie Spears, père de la chanteuse avec lequel elle n’entretenait plus guère de relations, de prendre le contrôle sur la vie personnelle, professionnelle ainsi que sur les biens de sa fille. D’abord temporaire, la mesure est rapidement rendue permanente et les manquements de la justice mis au jour par les documentaristes dans le traitement du dossier braquent les projecteurs sur les écueils d’un système judiciaire capitaliste. Les avocats censés défendre les intérêts de la chanteuse dépendent du bon vouloir du père, qui gère la fortune, pour être payés. Dans ces conditions, aucun d’eux ne s’aventure à demander la levée de la conversatorship, pouvant à tout moment être révoquée par Jamie Spears, seule personne autorisée à prendre des décisions pour sa fille, même sur les questions légales qui justement les opposent. L’insouciance du Club Mickey des débuts semble bien loin, et c’est Kafka qui frappe à la porte de la résidence de Britney, nichée sur les hauteurs de Beverly Hills. 

Ironie de l’histoire, c’est finalement en faisant s’enrayer la machine à cash, en refusant notamment d’honorer des contrats en 2018, que l’interprète de Work Bitch parvient à faire entendre sa voix, à fédérer le soutien de ses nombreux fans et à obtenir, le 30 septembre dernier, que son père ne soit plus son tuteur. À quelques semaines de son quarantième anniversaire, alors qu’elle n’a jamais cessé de vendre des millions d’albums à travers le monde, Britney Spears pourrait prochainement retrouver la liberté juridique de prendre des décisions de la vie courante pour elle-même. Tyrannie du patriarcat. Aubaine pour les plateformes de VOD.

À voir 

 Controlling Britney Spears de Samantha Stark. Disponible sur Hulu.

 

 

 

Framing Britney Spears de Samantha Stark. Disponible sur Amazon Prime Video.

 

 

 

Britney VS Spears de Erin Lee Carr. Disponible sur Netflix.

 

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.