L’éphémère périodique Akademos, fondé par le baron Jacques d’Adelswärd-Fersen en 1909, sera bientôt réédité, accompagné d’une abondante étude commentée. Mais dans quelle mesure était-il pionnier ?

Ce sera un beau (et gros) cadeau à offrir à Noël ou, plus vraisemblablement, en début d’année, puisqu’aucune date de sortie n’est encore arrêtée : les infatigables éditions GayKitschCamp, qui depuis plus de trente ans s’échinent à faire sortir de l’oubli d’obscurs auteurs pédés fin de siècle et des textes militants toujours actuels, s’apprêtent à publier les douze volumes d’Akademos, « revue mensuelle d’art libre et de critique », née et disparue en 1909.

Fondée par le baron Jacques d’Adelswärd-Fersen, aristocrate fortuné et dandy, Akademos est une publication littéraire qui accueille dans ses colonnes des poèmes, des critiques, un roman, une pièce de théâtre… Le tout, signé par quelques-uns des plus grands noms de l’époque (Colette et son mari Willy, Anatole France, Maxime Gorki, Léon Tolstoï, etc.) et d’autres aujourd’hui plus oubliés.

De par la personnalité de son fondateur (impliqué, quelques années plus tôt, dans une affaire de mœurs avec des adolescents qui avait ruiné ses projets de mariage) et d’un certain nombre de ses contributeurs, de par aussi quelques-uns des thèmes abordés (l’androgynie, par exemple), Akademos est souvent présentée comme la première revue homosexuelle française. Mais cette qualification ne fait pas l’unanimité. Pour l’écrivain Michel Carassou, ce titre reviendrait plutôt à une revue postérieure, Inversions, dont il a publié les quatre numéros (initialement parus en 1924 et 1925) en 2016 aux éditions Non Lieu. Tout en étant également largement tournée vers les arts et la culture, Inversions est en effet plus explicitement militante quAkademos et se présente, dès son premier numéro, comme « pour l’homosexualité ».

Fondateur des éditions GayKitschCamp, Patrick Cardon objecte que « le septième numéro d’Akademos contient également un texte d’un certain Guy Debrouze, intitulé “Le Préjugé contre les mœurs”, qui est très clairement une défense de l’homosexualité ». Il remarque également que les auteurs d’Inversions eux-mêmes (parmi lesquels on retrouve certains des contributeurs d’Akademos, comme Willy) ont rendu hommage à leurs prédécesseurs, établissant par-là une sorte de filiation entre les deux revues. Pour se faire sa propre idée sur ce débat, on peut soit consulter l’intégralité d’Akademos sur Gallica, le site Internet de la Bibliothèque nationale de France, soit commander en ligne, via une campagne de crowdfunding, le coffret qui réunira les douze numéros, accompagnés d’un volume d’étude de 300 pages qui reviendra sur la vie de quelques-unes des plumes les plus marquantes de cette revue éphémère mais à l’influence durable.

POUR PARTICIPER AU CROWDFUNDING

helloasso.com/associations/gaykitschcamp%20cardon/collectes/revue-akademos

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.