Virile idylle

Thierry Hocquet publie un ouvrage passionnant sur la virilité. L’occasion de nous interroger avec lui et quelques autres sur cette notion qui résume souvent à elle seule l’identité masculine.

C’est une sacrée question, la virilité. Et le moins qu’on puisse dire, c’est que les réponses y sont rarement satisfaisantes tant elles se cantonnent généralement aux idées reçues les plus traditionnelles, et en particulier à cette assimilation quasi systématique entre virilité et masculinité, et donc entre virilité et puissance sexuelle mâle, excluant au passage tout ce/tous ceux qui n’entrent pas dans le cadre. Les femmes bien sûr (or, rien n’est moins évident…), mais aussi tous les autres tels que les énumère l’auteur de : «adolescents en quête de repères, adultes qui se trouvent trop chétifs ou pensent que leur sexe n’est pas assez gros, ceux à qui on a dit qu’ils étaient efféminés parce qu’ils levaient le petit doigt ou croisaient les jambes, individus qui se sentent rattrapés par l’âge, qui ressentent du désir pour d’autres hommes, qui souffrent de problèmes d’érection, qui peinent à trouver des partenaires sexuels, qui bégaient ou se sont réfugiés dans la masturbation…».

Culbuter la virilité

Pas besoin de développer : on reconnaît bien là le schéma qui, depuis trois décennies au moins, a conduit des masses de gays vers les salles de sport pour acquérir au moins l’apparence d’une virilité que leur homosexualité risquait sinon de leur dénier dans le regard des autres (le pédé n’est pas un homme…) mais aussi dans leur propre regard. D’où la détestation de nombreux gays «machos» pour les folles et les efféminés qui donneraient d’eux (et leur donnerait), en tant qu’homos, une mauvaise image… C’est cette virilité-là, gros muscles-cuir-moustache, dont s’amusait Jean Guidoni dans une chanson du début des années 80, « Viril », où il entonnait : «Moi je suis viril/Je ne bats pas des cils/Mon profil est des plus érectile…». Et c’est aussi cette vision-là de la virilité, passablement réac mais très communément partagée, que s’amuse à déconstruire Thierry Hoquet dans son très stimulant essai où il passe ce concept «viril» à la moulinette de la philosophie. Et ça secoue. Car en multipliant les angles d’attaque — la biologie, l’anthropologie, la mythologie… — et les questionnements (du corps viril et de ses attributs notamment), c’est à une déconstruction systématique de cette bonne vieille virilité triomphante — d’autant plus triomphante qu’elle est un des piliers de la domination masculine comme le démontre l’auteur — qu’il se livre. Aussi érudit que plein d’humour (car c’est drôle la philo, parfois, quand l’écrivain ne manque ni de verve ni de malice), inspiré dans sa démarche par les études féministes radicales ou celles sur le genre, La virilité, à quoi rêvent les hommes ? ne manque pas de nous interroger en tant qu’homosexuels tant il apparaît, à sa lecture, que nous n’avons pas su culbuter ce concept usé et tellement ancré dans la société, nous le réapproprier en le critiquant et en le réinventant à notre main.

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