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«En République, un projet de loi présenté par une majorité politique ne devrait pas avoir besoin de grandes manifestations de soutien. Bien sur que nous allons répondre et organiser une grande marche le 16 décembre prochain.»
Nicolas Gougain (porte-parole de l’Inter-LGBT) sur son profil Facebook, le 17 novembre 2012

Pour les personnes LGBT et leurs alliés, les manifestations du samedi 17 novembre ont représenté un fiasco terrible, bien plus préjudiciable que les ridicules happenings organisés par l’Alliance Vita en octobre, qui avaient fait rire tout le monde. Ce jour-là, plus de 100 000 personnes ont défilé dans toute la France pour dire leur refus du projet de loi gouvernemental ouvrant mariage et adoption aux couples de même sexe. À Lyon, ils étaient entre 22 000 (selon la police) et 27 000 (selon les organisateurs), soit presque deux fois plus nombreux que les manifestants lors de la dernière Marche des Fiertés LGBT. En face, pour leur tenir tête, quelques centaines de manifestants, très jeunes, pas du tout encadrés, mal organisés, sans mégaphone, sans slogan préétabli, avec des bouts de carton en guise de pancartes et deux ou trois morceaux de tissu arc-en-ciel. Aucune des associations LGBT lyonnaise n’avait jugé bon d’appeler à contre-manifester, et il a fallu que ce soit des groupuscules anarchistes et quelques jeunes gens assurément pleins de bonne volonté mais sans aucune expérience qui organisent de toute pièce cette réponse non-autorisée par la préfecture, moins pour des raisons de sécurité que de délai. Comment expliquer après cela que cette réforme est une mesure populaire, attendue et soutenue par une grande majorité de Français ? Heureusement, voilà que le porte-parole de l’Inter-LGBT, Nicolas Gougain, nous rassure en annonçant que les partisans du mariage pour tous organiseront leur réplique le… 16 décembre. Mais à quoi peut bien servir de manifester un mois après nos adversaires ? Pourquoi les laisser prendre, pendant un mois, un ascendant psychologique incontestable auprès de l’opinion publique et des autorités ? Au plus haut sommet de l’État, on se questionne et François Hollande ne défend plus le mariage pour tous que du bout des lèvres, parce que c’est dans son programme et parce que ça ne coûtera rien aux finances de l’État, mais on sent bien que le sujet ne le passionne pas. Fallait-il vraiment, en restant chez soi et en abandonnant la rue aux anti-mariage, apporter de l’eau au moulin de ceux qui, dans son entourage proche, lui conseillent de renoncer ? Le mois dernier, nous pointions déjà du doigt l’inaction des principales fédérations associatives LGBT face aux attaques répétées dont fait l’objet le projet de loi (pourtant déjà bien édulcoré par rapport aux engagements de campagne du candidat Hollande). Les arguments qu’elles avancent pour se justifier («ne pas utiliser les mêmes méthodes que nos adversaires, ne pas les laisser dicter notre calendrier») ne convainquent personne : de toute évidence, elles ont une fois de plus accordé un trop grand crédit aux promesses socialistes et jugé que l’affaire était réglée avec la double victoire du PS aux présidentielles et aux législatives. En organisant une réplique efficace à la démonstration de force des opposants au mariage du 17 novembre, elles pouvaient apporter la preuve qu’elles servaient à autre chose qu’à orienter les voix des personnes LGBT vers le PS en période d’élection. Manifestement, cette preuve attendra.

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2 Réponses à “Édito de décembre”

    • Romain Vallet

      Pas pour le moment (cette nouvelle version de notre site doit encore être améliorée), mais on y travaille et cela sera à nouveau possible prochainement. En attendant, je vous envoie le PDF du dernier numéro paru par mail. N’hésitez pas à me demander d’autres PDF si nos archives vous intéressent. Merci de votre patience et de votre fidélité.

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