Entretien avec Riad Sattouf, créateur du très viril et ambigu Pascal Brutal, héros de bande dessinée déjà culte.

Est-ce que Pascal Brutal est né de la volonté de vouloir créer un personnage qui serait une antithèse de votre autre personnage clé, Jérémie ?

Riad Sattouf : Pas vraiment, en tout cas, ce n’était pas une volonté consciente. Jérémie est une sorte de perdant qui subit les événements, qui essaie de s’y habituer et de faire avec. Pascal Brutal est plus un héros qui AGIT et qui fonce. C’est un gagnant dans une société en train de perdre, le symbole de la confusion de l’identité qui se réfugie dans l’action pure.

Vouliez-vous faire de Pascal un héros libertaire qui ne s’en rend même pas compte ?

Riad Sattouf : Oui. Pascal Brutal n’est pas très conscient, c’est une sorte d’île des Caraïbes, à peine au niveau de la mer, qu’une vaguelette peut facilement recouvrir. C’est un individualiste, plein de paradoxes, de contradictions, de bêtise et de fulgurances. À l’image du monde dans lequel il vit.

Question Psychologie magazine : l’homosexualité latente de Pascal est-elle une expression naturelle de sa frénésie sexuelle ?

Riad Sattouf : Je ne sais pas vraiment. Je crois qu’on est sexuel ou pas, c’est tout. Pascal n’est pas 100% hétéro, ni 100% homo, il est sexuel. La société essaie de cataloguer, de classer les gens en permanence, alors que ce n’est pas toujours aussi évident. Pascal a du succès avec les femmes, elles lui plaisent, mais il s’aime tellement qu’il est normal qu’il soit attiré par tout ce qui est attiré par lui, et il fait le deuil de pas mal de choses. Ce n’est pas très conscient, mais pour moi l’expression de son homosexualité est l’expression de ce qu’il y a de bon en lui, de sa part intime qui fait qu’il se sauve lui-même.

Pascal a-t-il conscience d’être une icône gay ?

Riad Sattouf : Je crois qu’il n’en est pas du tout conscient, il le refoule. Lorsque j’étais enfant, des tas de types musclés, prétendument tombeurs de nanas, me traitaient de « pédé » parce que j’avais une voix fluette et des manières efféminées. Ils le faisaient avec un tel plaisir, une telle constance, en le répétant plusieurs fois par jour, pas seulement à moi mais aussi à d’autres gens, que je sentais que c’était bizarre, qu’ils semblaient haïr non pas ce qu’ils voyaient en moi, mais plutôt une part d’eux-mêmes qu’ils n’assumaient pas.

Par exemple, dans le milieu du rap, qui est un milieu homophobe très réactionnaire, il y a énormément de mecs homosexuels qui vivent leur sexualité de façon cachée et honteuse tout en prétendant être des hommes à femmes. C’est très étrange. J’ai toujours eu beaucoup de tendresse pour les gens qui ont eu à subir ça car cela devait être intolérable à vivre, c’est une violence infâme et l’expression d’un vrai racisme.

 

www.twitter.com/riadsattouf

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