1968-2008 : quarante ans de luttes homosexuelles dont les objets et les formes ont évolué, avec des ruptures et des continuités. C’est le thème abordé cette année par les Assises de la Mémoire gay et lesbienne.

«Notre trou du cul est révolutionnaire». Cette formule bien sentie de Guy Hocquenghem est extraite du documentaire La Révolution du désir, projeté en ouverture des Assises de la mémoire gay et lesbienne. Pour leur septième édition, les Assises sont articulées autour du thème «1968-2008, ruptures et continuités». 1968, c’est l’irruption du désir en politique, la remise en cause des ordres établis. De l’ordre social d’abord, avec la dénonciation de «l’hétéropatriarcat» qui structure les familles et la société. On jubile en écoutant dans le documentaire précité les féministes, militants gays et lesbiennes utiliser des formules décaties comme «hétéroflics» ou «crève la virilité». L’ordre moral est, bien entendu, lui aussi tourmenté par un anticléricalisme violent et un vent de liberté sexuelle. C’est enfin l’ordre symbolique qui vacille, sous les assauts de Deleuze et Guattari et de leur fameux ouvrage L’Anti-Œdipe, auquel Hocquenghem fait explicitement référence et qui permet enfin de penser les sexualités minoritaires en dehors des cases de la psychanalyse et de la psychiatrie. Désirs et intérêt général, minorités et collectivité doivent désormais être pensés simultanément ; c’est là toute l’utopie des pensées radicales qui émergent dans les années 70. Alors que l’homosexualité est enfin dépénalisée en 1982, c’est le sida qui s’apprête à jouer le rôle de catalyseur macabre de ces énergies militantes aux inclinations révolutionnaires. En 1984, l’association AIDES est créée sous l’impulsion de Daniel Defert suite au décès de Michel Foucault, dont il était le compagnon. Les modalités d’action des différents mouvements de lutte contre le sida, du «strass et paillette caritatif» façon Sidaction aux actions spectaculaires d’Act Up, seront discutées à l’occasion d’un débat intitulé Les Mobilisations face au sida, en présence de Didier Lestrade, fondateur d’Act Up Paris, d’Olivier Maguet et de Christine Caldéron, auteurs d’Aides, une réponse communautaire à l’épidémie de sida.

Et maintenant, que vais-je faire ?

La lutte contre le sida, bien que toujours urgente, mobilise moins ; l’homophobie est désormais pénalement condamnée et grâce au PACS, les couples homosexuels peuvent officialiser leurs unions. Quelle place aujourd’hui peuvent bien occuper les alternatives dans le champ du militantisme gay et lesbien ? La lutte pour l’égalité des droits (en matière de mariage et d’adoption) est portée par des associations qui avancent plus volontiers l’image d’un homosexuel intégré et «comme tout le monde» que celle d’une folle révolutionnaire. C’est ce que Jean-Yves Le Talec constate en conclusion de son ouvrage Folles de France, repenser l’homosexualité masculine : «la logique des revendications égalitaristes et de la posture universaliste devrait englober toutes les formes d’expression de l’homosexualité, mais en réalité, elle génère ses propres exclus et repousse à ses marges tous ceux et toutes celles qui ne correspondent pas à un idéal, par exemple en termes de genre ou de pratiques sociales et sexuelles». C’est probablement dans ces marges que se trouvent les héritiers de 68 et des mouvements homosexuels révolutionnaires. Pendant les Assises, ils seront représentés par l’universitaire-performeuse Wendy Delorme et par le réseau des Panthères roses. Ces dernières, comme d’autres entités dites «transpédégouines», prennent le relais de Guy Hocquenghem et de ses contemporains en poursuivant leur entreprise de transgression et de déconstruction de «l’hétéronorme».

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