Gilles Pastor est metteur en scène. Après Requiem for Derek Jarman, présenté en 2006 aux Subsistances, il poursuit son travail sur le cinéaste underground britannique avec Tempête à 54° Nord, une variation sur la Tempête de Shakespeare.

Quel rapport entre la Tempête de Shakespeare et le cinéaste anglais Derek Jarman ?
Gilles Pastor:Derek Jarman a lui-même adapté au cinéma la Tempête de Shakespeare en 1979. Pour moi, Jarman est le personnage de la Tempête, Prospéro, un alchimiste assis dans son jardin au milieu des livres. Il y a de la magie dans ses films, une sorte d’alchimie de sons et d’images. Quand il se sait porteur du VIH, il le déclare publiquement en défiant la maladie : il achète un cottage de pêcheur à Dungeness, à la latitude 54°Nord, dans le Kent, au bord de la mer, non loin d’une centrale nucléaire et là, dans ce lieu infernal, il cultive son dernier jardin, à la manière d’un sorcier. À l’heure où son corps s’étiole, il regarde l’épanouissement des fleurs de son jardin.

Vous dites que c’est aussi l’histoire de votre propre naufrage ?
Oui, c’est vrai, Tempête à 54°Nord est l’histoire de mon naufrage dans le jardin de Derek. En 2006, après un premier travail sur le cinéaste, j’ai été invité à séjourner dans sa maison de Dungeness. J’ai dormi dans son lit. J’ai dormi dans le lit d’un mort. Dungeness m’a perturbé. On peut avoir une affinité très forte avec une œuvre. Ma tempête raconte mon rapport à Jarman qui est devenu quasi obsessionnel, de l’ordre de l’aliénation. Je veux au théâtre raconter ça, l’aveuglement, l’idôlatrie, l’impossibilité de sortir du lit de Derek Jarman. « Je pleure du désir de rêver encore » écrit Shakespeare dans la Tempête.

Vous en aurez fini avec Derek Jarman après Tempête ?
Personnellement non, la maison de Derek Jarman est rentrée dans ma vie, tout comme son ami qui m’en a donné l’accès. Mais la Tempête devrait en effet clore un cycle théâtral autour de la figure du cinéaste. En explorant le rapport du « fan » et du culte des idoles, cela me conduit vers ma seconde tempête : « Tempête à 10°Sud » qui sera créée en 2009 à Salvador da Bahia. En revanche, je n’exclue pas un travail sur la figure de Keith Collins, le compagnon qui veille aujourd’hui sur la maison de Dungeness : un Ariel privé de son Prospéro !

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