Tony Duvert est décédé en juillet 2008 à l’âge de soixante-trois ans. Retour sur l’œuvre de cet écrivain aussi controversé que talentueux.

 

Tony Duvert L'île atlantique Editions de Minuit«Je ne suis pas éternel : et j’ai un lit, un ventre que l’air du temps ne remplit pas. Il faut donc que je choisisse mes mots ; cela m’empêchera peut-être d’écrire des chefs-d’œuvre (…)». Cette confession de Tony Duvert dans les dernières lignes de son Journal d’un innocent contient d’abord une vérité puis une marque d’humilité déplacée. Non, Tony Duvert n’était pas plus que quiconque éternel, oui, il a écrit des chefs-d’œuvre, pour la plupart parus aux Éditions de Minuit. Son corps a été retrouvé un mois après sa mort dans son domicile de Thoré-la-Rochette où il s’était retiré voilà vingt ans. Reclus, Duvert l’a toujours été du monde des hommes. Un de ses plus célèbres romans, L’Île Atlantique, met en scène des voyous héroïques régnant comme les garçons perdus de Peter Pan sur leur Pays imaginaire. L’innocence et la liberté sont de leur côté, quand ils ne sont pas pourchassés ou bridés par des adultes caricaturaux, prisonniers des cases sociales qu’ils ont inventées ; les aigris classe moyenne inférieure, les notables perfides, les intellectuels égocentriques… Des cases dont Tony Duvert se méfie, lui l’innocent. Il préfère la compagnie des jeunes gens, dont il décrit les vices et les talents dans le Journal d’un innocent. Comme les précédents, ils ont l’air un peu perdus mais ressemblent davantage aux Garçons sauvages de Burroughs, barbares mais ici moins violents. Il y a quelque chose de primitif chez Duvert dont le puissant lyrisme s’enracine dans un sol poussiéreux. Quelque chose de primitif qui fait de lui un marginal, sinon un hors la loi. Lauréat du Prix Médicis en 1973 pour Paysage de fantaisie, il est pourtant vraisemblable qu’il ne trouverait pas d’éditeur aujourd’hui. Ses positions sur le libre droit des enfants à disposer de leurs corps, sa défense de la pédophilie le feraient passer plus pour un criminel que pour un génie.

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