Un peu de tendresse bordel de merde !, du chorégraphe québécois Dave St-Pierre, est un des spectacles les plus décoiffants de la saison.

 

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Ça s’agite et ça braille dans la salle puis sur la scène. Un peu de tendresse bordel de merde ! est la dernière pièce du Québécois Dave St-Pierre, considéré comme l’un des chorégraphes les plus talentueux et les plus transgressifs du moment. Vrai ou faux, le jeune homme est quoi qu’il en soit ambitieux. Son projet ? «Un triptyque sur l’humain, l’amour, la vie et la mort». Rien que ça. Après La Pornographie des âmes, pièce créée en 2004, Un peu de tendresse bordel de merde ! s’intéresse à la solitude et au désir. Loin d’être un catalogue de leurs expressions au cours de l’histoire ou dans nos sociétés contemporaines, le spectacle est un jaillissement, une suite de figures libres et inspirées sur ce thème pourtant maintes fois essoré. Premier constat : il y a du monde dans l’auberge de Dave St-Pierre. Une vingtaine de danseurs dont le seul point commun est sans doute l’énergie avec laquelle ils se donnent à la scène. Le plateau est nu, seulement balisé par une rangée de chaises en fond de salle, lui donnant des airs de salle d’attente. À moins que ces sièges sur lesquels s’arrêtent régulièrement les danseurs signifient qu’ils sont eux-mêmes spectateurs et par conséquent, pourquoi pas, que nous sommes nous-mêmes acteurs. En effet, tout concourt à abolir la séparation entre la scène et la salle ; les membres de la troupe investissent cette dernière en préambule d’Un peu de tendresse bordel de merde car la chute du «quatrième mur» est un préalable au travail de Dave St-Pierre. Comment donc ces danseurs aussi nombreux, dans un espace aussi neutre, vont-ils bien pouvoir nous dire, ou nous faire ressentir quelque chose de nouveau sur la solitude ?

Blondes peroxydées

D’abord, il y a cette meneuse de revue impossible, Sabrina, celle qui transforme le réel en spectacle, déesse qui s’amuse des tourments humains. Elle ne se contente pas de commenter ce qui se déroule sous nos yeux mais le traduit. Elle dit en effet son texte en anglais et en français, tombant dans le piège des faux amis et ignorant les formules idiomatiques ; maladresses qui donnent lieu à des absurdités hilarantes. Sabrina affiche dédain et mépris pour la quête insensée de tendresse et d’amour à laquelle nous assistons en même temps qu’elle. Malgré son cynisme, derrière sa haine du chiffre 2, on s’aperçoit rapidement qu’elle aussi cherche le contact et voudrait rompre sa solitude. À cette commentatrice, qui formule et refoule ses sentiments, s’opposent des créatures d’avant la parole : des espèces d’hommes préhistoriques castrés, blondes peroxydées. Ils courent nus d’un bout à l’autre du plateau, poussant de ridicules petits cris, espèces d’oisillons cherchant un sein ou un nid. Et puis il y a cette femme qui s’effondre dans les bras de qui veut bien la sauver. Bref, une foule d’êtres blessés, handicapés de l’amour, qui cherchent à être désirés. Formellement, presque tout a déjà été vu : gifles à répétition, scènes de glisse sur le plateau inondé, duos impossibles. Par ailleurs, d’un point de vue politique, on s’interroge sur le fait que ce sont toujours des figures féminines qui sont en quête de tendresse et qui développent des comportements hystériques. Mais malgré ces deux réserves, Un peu de tendresse bordel de merde ! nous emporte comme c’est rarement le cas. Sans doute parce que le chaos est assumé, les énergies déployées sans réserve : le spectateur est pris dans un champ de forces, de désirs libérés et contrariés par lesquels il est difficile de ne pas être touché.

Un peu de tendresse bordel de merde !, du 4 au 6 décembre à la Maison de la danse, 8 avenue Jean Mermoz-Lyon 8 / 04.72.78.18.00 / www.maisondeladanse.com

Photos : © Dave St-Pierre

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