Gus Van SantDepuis vingt-cinq ans qu’il tourne, Gus Van Sant s’est affirmé comme l’un des plus grands cinéastes américains contemporains, un des plus queer aussi, et même plus directement, l’un des plus gays.

 

Car finalement, de Mala Noche (1985) à Harvey Milk, son cinéma ne parle que de cela, directement ou non. Directement, cela donne Mala Noche, My Own Private Idaho, Even Cowgirls Get the Blues et Milk bien sûr. De manière détournée, on compte Prête à tout, Will Hunting, Psycho, Elephant, Gerry, Last Days, Paranoid Park. Soit la quasi intégralité de sa flamboyante filmographie. Un jeune américain sans le sou amoureux d’un beau mexicain rétif (Mala Noche), un fils de bonne famille qui fait le tapin pour choquer son père et qui fait succomber un joli paumé, des mecs nus qui s’animent en couverture de magazine gay, une déclaration d’amour au coin d’un feu de bois (My Own Private… et le couple irrésistible Keanu Reeves-River Phoenix), un ranch de lesbiennes radicales (Even Cowgirls…), le portrait d’un politicien gay assassiné (Harvey Milk). Voilà pour les films homos du cher Gus Van Sant. Et puis il y a tous les autres qui sont des concentrés d’amitiés fusionnelles entre des garçons (Matt Damon-Ben Affleck dans Will Hunting, ou les marcheurs du désert de Gerry), les corps d’adolescents sublimés dans Elephant ou Paranoid Park, la manière purement camp de filmer une femme, Nicole Kidman, et d’en faire une héroïne plus grande que nature, une sorte de Joan Crawford moderne, dans l’impitoyable comédie qu’est Prête à tout. Mais le film le plus secrètement et farouchement gay de Gus Van Sant est certainement celui auquel on s’attend le moins tant il est purement hétéro en apparence, puisqu’il s’agit de Psycho, son remake insensé en 1998, plan par plan et en couleurs, du Psychose d’Alfred Hitchcock. Sauf que les apparences sont trompeuses et qu’au cinéma, tout passe par le regard du metteur en scène. Le regard d’Hitchcock était fasciné par ses actrices, Janet Leigh (assassinée dans la fameuse scène de douche) et Vera Miles. Le regard de Van Sant lui, ne s’intéresse qu’à ses acteurs, Viggo Mortensen et Vince Vaughn, filmés comme des icônes sexuelles. Toute la charge de désir repose sur eux. Dès lors le film, sans modification du scénario original, prend un autre sens qui interpelle tous les garçons sensibles… C’est pas queer, ça ?

Paranoid Park de Gus Van Sant est disponible en streaming sur le site d’Arte jusqu’au 31 août 2020.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.