À quatre mois seulement des élections régionales, la question du droit à l’adoption et au mariage des couples homosexuels revient dans l’actualité.

Le mois de novembre aura été marqué par au moins deux bonnes nouvelles sur le front de l’égalité des droits entre couples hétéro- et homosexuels. La première, ce fut la décision, le 10 novembre, du tribunal administratif de Besançon ordonnant au Conseil général du Jura d’accorder un agrément d’adoption à une lesbienne vivant en couple. Emmanuelle B. se battait depuis dix ans pour obtenir cette décision. Même si sa compagne n’aura juridiquement aucun droit sur l’enfant (l’adoption reste fermée aux couples de même sexe), celui-ci sera, de facto, élevé par un couple de femmes. Une simple application du droit déjà existant plutôt qu’une innovation législative, mais une décision qui pourrait bien faire jurisprudence. Les adversaires du droit à l’adoption des couples homos ne s’y sont d’ailleurs pas trompés et sont immédiatement montés au créneau pour dénoncer une décision qui, selon eux, outrepasse les prérogatives des élus de la nation, seuls habilités à légiférer sur ce sujet. La seconde avancée est symboliquement intervenue dix ans presque jour pour jour après la promulgation du PACS, sous la forme d’un appel lancé le 14 novembre par la maire socialiste de Montpellier, Hélène Mandroux, en faveur de l’extension du droit au mariage aux couples homosexuels. Cet appel, destiné aux édiles français, a pour l’heure été signé par près d’une quarantaine de maires de gauche, dont Bertrand Delanoë (Paris), Pierre Cohen (Toulouse), Noël Mamère (Bègles), Martine Aubry (Lille) et plusieurs maires d’arrondissement parisiens ou lyonnais (notamment, à Lyon, ceux des 1er, 3e, 7e et 9e arrondissements). Mais le maire de Lyon, Gérard Collomb, s’est pour l’instant abstenu de les rejoindre. Au cabinet du maire, on affirmait il y a quelques jours «ne pas être au courant de cette initiative de la maire de Montpellier». Mais la Lesbian and Gay Pride de Lyon a déjà dénoncé dans un communiqué cette posture attentiste et déploré que tant d’élus demeurent «aux abonnés absents». Et cela alors qu’un sondage BVA réalisé pour l’émission de Canal+ La Matinale affirmait le 13 novembre dernier que pour la première fois, une nette majorité de Français (57%) se prononcent en faveur de l’adoption par les couples homosexuels.

Edit : il est désormais possible à tous, édiles comme simples citoyens, de signer l’appel de Montpellier en ligne sur http://www.montpellier.fr/3187-mariage-homosexuel-appel-de-montpellier-petition-en-faveur-du-droit-au.htm

 

Trois questions à Thierry Philip, maire (PS) du 3e arrondissement de Lyon, qui a signé l’appel de Montpellier en faveur du droit des homosexuels à l’adoption et au mariage.

Quelles sont les motivations qui vous ont poussé à rejoindre l’appel lancé par Hélène Mandroux ?
J’ai signé cet appel tout simplement parce que je pense que la société doit vivre avec son temps, que d’autres pays ont déjà autorisé les couples homosexuels à se marier ou à adopter sans que cela pose de problème et parce que je pense à titre personnel que ce qui compte pour l’enfant, c’est l’amour qu’il reçoit. Il y a tellement d’enfants élevés par des couples hétérosexuels qui sont malheureux, alors pourquoi refuser ce droit à des couples homosexuels qui s’aiment et qui sont capables d’élever des enfants ?
Quant au mariage, il permet d’assurer une protection juridique plus grande aux couples de même sexe. J’ai annoncé il y a six mois de cela que j’accepterai bien volontiers de célébrer des PACS à la mairie du 3e, mais jusqu’à présent nous n’avons reçu aucune demande.

N’avez-vous pas peur de prêter le flanc aux accusations d’électoralisme en présentant cette initiative à seulement quatre mois des élections régionales ?
Cet appel de Montpellier peut sans doute faire perdre autant de voix au Parti Socialiste qu’il peut lui en faire gagner, mais de toutes façons je raisonne suivant mes convictions et non selon des calculs électoraux. J’ai assez de considération pour les homos et pour les hétéros pour estimer que le vote ne se détermine pas en fonction de l’orientation sexuelle, mais bien sur des bilans, sur des propositions, des projets…

Le maire de Lyon, Gérard Collomb, n’a pas signé cet appel. Est-ce que vous en avez parlé avec lui ?
Non, et j’ignore s’il s’apprête à rejoindre cet appel. Sur ces questions, je considère que chacun est libre de ses convictions et de ses choix ; c’est pour cela que je ne lui ai pas demandé son autorisation avant de signer et que je n’ai pas de conseil à lui donner.

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