C’est à cela que l’on reconnaît un auteur. Au fait que son œuvre est une perpétuelle reprise d’elle-même, qu’elle est composée de retours, de redites ou plutôt de reformulations inlassables des mêmes thèmes, des mêmes motifs. C’est parfois souterrain, à peine sensible. Cela éclate parfois au grand jour. Patrice Chéreau est un auteur. Ne parlons pas ici du génial metteur en scène de théâtre ou d’opéra. Un auteur de cinéma qui, depuis vingt-cinq ans, avec des bonheurs variables, visite et revisite l’architecture complexe des passions destructrices. Persécution n’échappe pas à la règle, et le mouvement incessant de la caméra de Chéreau, comme toujours, reflète cette instabilité des personnages et des sentiments, ceux de Romain Duris dont l’apparence tranquille ne masque qu’un temps les tourments. Le mot a son poids, car ce Daniel est à la fois tourmenteur et tourmenté, persécuteur (de Charlotte Gainsbourg, sa petite amie, dont il supporte mal les absences répétées) et persécuté. C’est là que le film s’enracine le plus dans l’œuvre de Chéreau, car celui qui poursuit Daniel de ses assiduités n’est autre que Jean-Hugues Anglade, que Chéreau révéla en 1983, dans L’Homme blessé. Il y jouait un adolescent en proie à une passion mortifère pour Vittorio Mezzogiorno. Il a maintenant la cinquantaine, mais son personnage de Persécution est comme la réplique vieillie de ce rôle, toujours aussi prêt à tout par amour pour un inconnu croisé – hier dans les pissotières d’une gare, aujourd’hui dans le métro – juste marqué, usé, ravagé par la vie. Le film, bancal, irritant parfois, trop bavard, ne faisant que par intermittences confiance à sa puissance visuelle (telle sa tétanisante séquence d’ouverture), est ainsi, malgré ses imperfections, un nouveau jalon marquant dans l’œuvre si cohérente de son auteur.

Persécution, en salles le 9 décembre 2009

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