Durant toute la durée du Festival de Cannes 2010, nos envoyés spéciaux sur la Croisette Ivan Mitifiot (coordinateurs de projets pour l’association Écrans Mixtes) et Gaspard Dhellemmes vous feront découvrir les films LGBT les plus marquants de cette soixante-troisième édition. Ici, Ivan Mitifiot nous parle du deuxième film de Xavier Dolan, Les Amours imaginaires.

Si on avait été saisis, il y a à peine un an, par l’originalité et l’audace juvénile du premier film de Xavier Dolan, J’ai tué ma mère, si on découvrait à travers son personnage une verve, une gestuelle et un débit unique, on ne pouvait s’empêcher de se demander si le jeune cinéaste allait réussir le virage du second film. D’autant plus que J’ai tué ma mère agaçait autant qu’il étonnait. C’est donc avec joie mais aussi avec appréhension qu’on attendait Les amours imaginaires, présenté à Cannes cette année dans la section «Un Certain Regard». Et c’est une excellente surprise : on retrouve dans Les amours imaginaires toute la verve du premier film, mais on découvre surtout un véritable œil de cinéaste. Ce deuxième film peut être considéré comme la suite directe de J’ai tué ma mère, et reprend le concept du journal intime filmé à la première personne.

Francis (Xavier Dolan) vit comme tous les homos de son âge. Et comme tous les homos de vingt ans, il fantasme beaucoup et rêve au prince charmant. Son dévolu, son attention, son obsession vont se concentrer sur Nicolas (Niels Schneider), véritable ange blond, objet de tous ses fantasmes. Mais sa meilleure amie Marie (Monia Chokri), craque en même temps pour ce nouveau «David de Michel-Ange». Lequel des deux va emporter la mise et gagner le cœur du beau Nicolas ? Nous voilà plongés dans un nouveau Jules et Jim, version pop art et accent québécois.

Les amours imaginaires xavier dolan

Un esthète narcissique et fascinant

Pour son second film, Xavier Dolan non seulement confirme son talent d’auteur, mais fait preuve également d’une maîtrise saisissante du cadre, de l’espace et de l’éclairage, en utilisant toutes les ressources que lui propose l’outil cinématographique : ralenti, flous, ellipses, cadres inventifs (et parfois too much, car Wong Kar Wai n’est pas loin), pour nous proposer un voyage sensitif et sensuel dans son univers. Avec Les Amours imaginaires, Xavier Dolan se pose non seulement comme un pur cinéaste, mais aussi comme un authentique esthète, un styliste jusqu’au-boutiste et obsessionnel. Même si le film fait malheureusement penser parfois à du Christophe Honoré, avec des gimmicks bobos irritants, on ne peut que s’incliner devant le talent indéniable de Xavier Dolan et devant cet objet cinématographique à l’esthétisme fou.

Alors, bien entendu, comme dans son premier film, Dolan se sublime, se filme comme on filmait Audrey Hepburn : il s’observe, se scrute, se masturbe devant et avec sa caméra. Tout ce maniérisme serait vain si le narcissisme de Dolan ne se posait comme véritable moteur du film. Car, comme pour Woody Allen dont on prend un immense plaisir à ausculter les névroses et les états d’âmes, on jubile et on attend la suite avec impatience ; on en redemande encore et encore et on supplie le cinéaste de nous ramener très vite à ce moment unique de notre vie : notre jeunesse, où les rêves se font encore en couleur sur fond de chansons mélancoliques des sixties.

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