100614_11CocorosieimC’est travesties en Robin des Bois version queer que les sœurs Casady se présentent sur la pochette de Grey Oceans, un quatrième album aquatique et, comme à l’accoutumée, en rupture totale avec le précédent. Leur première production, véritable petit cocon sorti en 2004, avait été enregistrée dans une salle de bain à Paris. La suite, Noah’s Ark (2005) s’ouvrait aux autres avec de nombreuses collaborations (notamment Antony Hegarty et Devendra Banhart). Leur dernier album en date se la jouait hip-hop et débordait d’énergie. Aujourd’hui, Bianca et Sierra reviennent présenter un nouvel opus apaisé avec Mère Nature en guise de muse. Grey Oceans a été enregistré principalement dans un studio rempli d’ordinateurs et sans fenêtre de Buenos Aires. Et c’est paradoxalement l’album de CocoRosie le plus tourné vers le monde, la nature, son calme et ses caprices. Au milieu des rythmes parfois tribaux, on discerne ça et là des clochettes et des scintillements. Les notes de piano sont des gouttes d’eau et le chant lyrique de Sierra devient celui des sirènes. CocoRosie nous fait entendre des sons nouveaux, de lignes mélodiques folkloriques encore jamais exploitées, des bruits étouffés ou qui résonnent dans les fonds marins. Les morceaux mêlent avec beaucoup d’audace leurs nouvelles inspirations mais n’oublient pas leurs influences passées : habituées des sons lo-fi, elles nous proposent cette fois-ci, sur le morceau Undertaken, un sample vintage de leur mère chantant en cherokee. Le flow hip-hop de Bianca est remis à l’honneur sur plusieurs titres. Et bien sûr, on retrouve un tumulte de sons bizarres et non-identifiables, de la harpe dissonante, une intro “cartoon-ragtime“ (Hopscotch) et toutes les autres techniques qui font l’identité du duo. Ce n’est pas l’efficacité qui est recherchée sur cet album, d’autant plus que les morceaux évoluent peu, préférant nous laisser flotter. Mais les sœurs, bien qu’assez mystérieuses, n’ont pas viré mystiques et Grey Oceans est très loin d’une musique de relaxation pour salons de massages new-age ; bien au contraire, c’est un disque tout en nuances et très maîtrisé. Reste l’esthétique de la pochette, qui pour le coup demeure un profond mystère…

Grey Oceans de CocoRosie (Pias). Disponible depuis le 3 mai

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