101115_8thtreimHabituée à un répertoire contestataire, la compagnie belge Tg STAN revient avec un nouveau spectacle créé en avril 2010 en Norvège et intitulé Le Tangible. Nommé ainsi d’après un extrait du roman De A à X (de l’écrivain britannique John Berger) qui décrit la scène d’une explosion le lendemain du drame, le spectacle traite de la perte du patrimoine, de l’héritage culturel, du «tangible». S’appuyant sur des poèmes des Palestiniens Mahmoud Darwich et Samih el-Qâsim ou encore de la Libano-Américaine Etel Adnan, les Belges de Tg STAN font de la zone du «croissant fertile» (berceau de la civilisation qui s’étendait de la Mésopotamie à l’Egypte ancienne et qui recouvre actuellement des régions aussi variées que «l’Egypte moderne, Israël, la Palestine, le Liban, ainsi que des parties de la Jordanie, de la Syrie, d’Irak, du Koweït, le sud-est de la Turquie et le sud-ouest de l’Iran»), le symbole de l’ «amnésie du tangible» qu’évoque Berger. Associée à trois danseuses, à l’actrice palestinienne Boutaïna Elfekkak et au comédien irakien Mokhallad Rasem, la troupe d’Anvers utilise le mouvement des corps, la poésie, la musique et l’iconographie pour rendre compte du Moyen-Orient sans céder au romantisme qui prévaut généralement en Europe sur ce sujet. Passant indifféremment de l’arabe au français ou à l’anglais, comme il est courant de le faire dans les rues de Beyrouth ou du Caire, le spectacle fait référence à la guerre, au conflit ainsi qu’à la rage et à la révolte qui peuvent en naître. Pour rendre compte de la région du monde qui a engendré notre civilisation de l’écrit et où chacun cherche aujourd’hui à concilier prestige du passé et tensions du présent, où les identités fluctuent sans cesse entre tentations pro-occidentales et rêves pan-arabiques et où les préoccupations ne sont pourtant pas si éloignées de celles que nous rencontrons dans nos propres sociétés, Tg STAN opte pour un théâtre aux formes hybrides qui fait naître les interrogations plutôt qu’il ne cherche à simplifier les situations. Un retour salutaire vers là d’où nous venons pour comprendre là où nous allons.

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