Le 19 décembre 2010, Jean Genet aurait eu 100 ans. L’équipe du Carré 30 prend prétexte de cet anniversaire posthume pour revenir sur l’homme et son œuvre littéraire.

Jean Genet est sans aucun doute une figure atypique de l’histoire littéraire du vingtième siècle. Mêlant fiction et réalité dans un style très recherché, il bâtit sa mythologie sur un vol, faisant de cet acte le fondement de sa marginalité revendiquée. Puisant dans ses expériences de vagabond, de prisonnier et de légionnaire, il développe dans ses romans une esthétique de la domination et de la soumission, s’appuyant sur les codes de la virilité qui ont cours dans les univers carcéral et militaire qu’il traverse.

Dans Notre-Dame-des-Fleurs, il met en scène un personnage travesti dans le Paris d’après-guerre. Dans Querelle de Brest (qui inspirera Fassbinder), le marin est le révélateur des fantasmes des personnages. Avec Pompes funèbres, Genet fait polémique en mettant à jour les mécanismes d’érotisation du corps masculin dans la pensée nazie. Au théâtre, Les Nègres et Les Paravents sont des charges contre le racisme et le colonialisme qui trouveront un écho dans la vie de l’auteur, célèbre pour son engagement auprès des Black Panthers aux États-Unis et du peuple palestinien au Proche-Orient.

Hommage à l’auteur et au poète

Ce n’est pas tout à fait fortuit que ce soit le Carré 30, à Lyon, qui crée aujourd’hui Mais la beauté, Seigneur, toujours je l’ai servie en hommage à l’écrivain si contesté. En effet, à partir des années 40, c’est à Décines, aux éditions L’Arbalète, que fut publiée la plupart de ses ouvrages, ainsi que le rappelle actuellement l’exposition Genet, ni père, ni mère à la Bibliothèque municipale de Lyon. Pour Caroline Nataieff, il était essentiel de rendre hommage au poète et à la beauté de sa langue. Afin de rendre compte à la fois du personnage et de la poésie de ses textes, la présidente du Carré 30 a opté pour un spectacle-recueil, qui donne à entendre son œuvre.

Ainsi, deux personnages, joués par Caroline Nataieff et Hugo Verrecchia, ouvrent le débat autour de Genet et laissent libre cours à l’interprétation et aux fantasmes que font naître ses textes. De cette discussion naît le troisième personnage, sorte d’incarnation de Genet et de ses personnages, interprété par Timothée Troncy qui donne corps aux extraits tirés des principaux ouvrages de l’auteur. Les amateurs de Genet retrouveront la richesse et le raffinement de sa langue alors que les plus jeunes pourront se familiariser avec l’œuvre d’un écrivain majeur de la marginalité sous toutes ses formes, et de l’homosexualité en particulier.

 

Mais la beauté, Seigneur, toujours je l’ai servie, du 3 au 5 février à 20h30 et dimanche 6 février à 17h30 au Carré 30, 12 rue Pizay-Lyon 1 / 04.78.39.74.61 / http://carre30lyon.free.fr

 

Jean Genet

19 décembre 1910 : Naissance à Paris.
Septembre 1926 – Mars 1929 : Enfermé à la colonie pénitentiaire de Mettray, en Indre-et-Loire.
1942 : Le Condamné à Mort.
1947 : Les Bonnes.
1949 : Journal du voleur.
1964 : Son amant, Abdallah, se suicide. Genet plonge dans la dépression.
1970 : Il passe trois mois aux États-Unis à l’invitation des Black Panthers, puis six mois dans les camps de réfugiés palestiniens. Il rencontre Yasser Arafat près d’Amman en Jordanie.
15 avril 1986 : Atteint d’un cancer de la gorge, Genet décède à Paris.

 

Photo : Jean Genet (à gauche) et Hans Köchler à l’Impérial Hotel de Vienne, le 19 décembre 1983 © International Progress Organization

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.