Le Toboggan de Décines, en partenariat avec la Maison de la Danse, accueille Another Sleepy Dusty Delta Day un spectacle de l’artiste belge protéiforme Jan Fabre.

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Créé en 2008 à Avignon pour la Croate Ivana Jozic avant d’être repris en 2010 par Artemis Stavridi, Another Sleepy Dusty Delta Day de Jan Fabre est un solo de danse au carrefour de multiples disciplines qui paraît prendre ses distances avec les polémiques et les provocations faciles qui ont caractérisé les dernières interventions du chorégraphe d’Anvers. Inspiré de la chanson country Ode to Billie Joe chantée en 1967 par Bobbie Gentry, le spectacle aborde, à l’instar du standard américain, le thème du suicide. La danseuse, assise sur un vieux rocking chair qui évoque le sud des États-Unis, lit la lettre que son fiancé lui a adressée avant de mettre fin à ses jours.

Néanmoins, à travers le sujet de la mort qu’on choisit de se donner, le texte de Jan Fabre, qui puise dans le vécu de l’artiste, pose en creux la question de la vie, de l’amour et de la liberté. En proie à une danse frénétique faite de soubresauts, qui traduit les diverses émotions qui la traversent, l’interprète du chorégraphe belge, vêtue d’une simple robe jaune, ne semble guère plus libre que les canaris qui peuplent les cages suspendues au-dessus de sa tête. La question que pose Jan Fabre est alors celle du suicide comme seule et ultime manifestation possible de la liberté.

Écho social

Comme l’adolescente de l’Ode to Billie Joe qui doit endurer la routine quotidienne d’un repas de famille malgré l’annonce du suicide d’un garçon avec qui elle semble partager une histoire secrète, le personnage d’Another Sleepy Dusty Delta Day (titre tiré du premier vers de la chanson) doit apprendre à survivre à son bien-aimé. Sur scène, l’absurdité de cette situation est matérialisée par des trains électriques qui tournent obstinément autour de monticules de charbon et que la danseuse tente tour à tour d’enjamber, d’avaler ou d’arrêter. En outre, l’évocation des mines permet à Jan Fabre de donner une connotation sociale à son spectacle.

Bien que tout soit fait pour suggérer au spectateur que l’action se situe dans le delta du Mississippi, une région pauvre du sud des États-Unis, la présence du charbon renvoie à d’autres régions du monde économiquement sinistrées. On pense alors à la Belgique natale du chorégraphe, au nord de la France ou encore aux grandes grèves des mineurs britanniques dans les années 80 et à la terrible façon dont elles ont été réprimées. Le suicide, envisagé dans un premier temps comme librement choisi, se teinte alors d’une réalité économique bien moins romantique.

 

Another Sleepy Dusty Delta Day, les 25 et 26 mars au Toboggan, 14 avenue Jean Macé-Décines / 04.72.93.30.00 / www.letoboggan.com

 

Jan Fabre

1958 : naissance à Anvers (Belgique).
1979 : création d’une performance en solo, Mon corps, mon sang, mon paysage, durant laquelle il réalise des dessins avec son propre sang.
1984 : création à la Biennale de Venise du Pouvoir des Folies théâtrales, une pièce de quatre heures trente dédiée au philosophe Michel Foucault.
1986 : il crée sa propre compagnie, Troubleyn.
2005 : il est l’artiste associé du festival d’Avignon, où ses œuvres déclenchent une vive polémique.
2008 : il est l’invité du Musée du Louvre, à Paris.
2011 : création de sa dernière pièce, Prometheus Landscape II, en écho à l’une de ses œuvres précédentes (Prometheus Landscape, 1988).

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