Les Subsistances accueillent cette rentrée un spectacle de Lukas Hemleb autour de la figure d’Arthur Rimbaud. Une icône gay-friendly qui s’ignore ?

Le 10 novembre prochain, on célèbrera les cent vingt ans de la mort d’Arthur Rimbaud (1854-1891), poète dont les écrits et la vie tumultueuse ont profondément marqué des générations de lecteurs, parmi lesquels bon nombre de garçons (et de filles) sensibles. Si son œuvre, à l’inverse de celle d’autres poètes comme Genet ou Pasolini, contient peu d’allusions à l’homosexualité (à quelques notables exceptions près, voir Le Sonnet du Trou du Cul), sa vie privée parle bien souvent pour lui. Des amours de Rimbaud (homosexuel “mais pas que”, voir interview avec Philippe Besson), on retient ainsi généralement sa passion furieuse et contrariée avec Paul Verlaine, de dix ans son aîné. Leur relation dura deux ans et s’acheva par un drame lorsque Verlaine tira deux coups de revolver sur son amant, le blessant au poignet. Mais même si des pans entiers de son existence restent nimbés de mystère, on sait également que Rimbaud entretint une liaison avec un jeune homme musulman du nom de Djami Ouddei, qui fut son serviteur du temps où il s’était établi à Harar, en Éthiopie. C’est lui que Rimbaud appelait sur son lit de mort à Marseille et c’est également à lui qu’il légua une partie de son argent après son décès. Ce n’est sans doute donc pas un hasard si l’écrivain gay américain Edmund White lui a consacré en 2008 une courte biographie (Rimbaud. La Double Vie d’un rebelle, paru en France chez Payot), après s’être penché sur deux autres géants homosexuels de la littérature française, Proust et Genet. Pas un hasard non plus si le jeune cinéaste gay québécois Xavier Dolan a été surnommé par la presse (avec un peu d’empressement, il faut bien le dire) «le Rimbaud du cinéma» ou si le personnage de son amant dans son premier film, J’ai tué ma mère (2009) s’appelle Antonin Rimbaud, double clin d’œil à Artaud et à l’«homme aux semelles de vent», comme l’avait surnommé Verlaine. Dans un registre plus prosaïque, et même si cela peut faire sourire, Lara Fabian lui rend elle aussi hommage dans son sirupeux plaidoyer pour la tolérance des couples homos, La Différence (1996)… À Lyon, l’enfant terrible de Charleville a inspiré Tanguy Dufournet, président et fondateur de l’association… Rimbaud, qui vient au secours des adolescents homosexuels. «Je l’ai découvert au collège, où j’ai adoré son style et lu énormément de ses poèmes. L’idée du nom de l’association m’est venue du sonnet Ma Bohème, dans lequel il parle de ses fugues, de sa soif de liberté, de son besoin de faire éclater le carcan familial qui étouffait sa créativité et le brimait pour ce qu’il était. Cela correspond assez bien aux jeunes auxquels nous venons en aide». Qui osera dire après ça que les jeunes ne lisent plus de poésie ?

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.