Rencontre avec le cinéaste Gaël Morel, qui livre avec Notre paradis son film le plus puissant et le plus réussi.

Pourquoi avoir choisi ce thème de la prostitution masculine ?
Parce que la prostitution masculine, c’est presque comme un négatif du cinéma. C’est un thème hyper-puissant. Il n’y est question que de désirs, de fantasmes. Si ce sujet m’a passionné, c’est aussi parce que la prostitution masculine se prête moins à un cinéma dit « social » que son pendant féminin. Un homme peut se vendre pour d’autres raisons que des questions d’argent. Les prostitués sont souvent des gens qui ont une sexualité excessive, qui veulent joindre l’utile à l’agréable. Le drame survient après coup, quand ils se rendent compte qu’ils ne savent pas faire autre chose que ça et quand la vieillesse arrive.

Le vieillissement est justement l’un des thèmes forts du film…
Oui. Comme on est dans un pays hétérocrate et macho, on a l’impression que c’est un sujet qui ne concerne que les femmes. Or, moi qui observe beaucoup les gens, je trouve que les femmes vieillissent beaucoup mieux que les hommes. Chez les homos, c’est terrible, le déclin commence très tôt. Passés les trente ans, on n’est plus considéré comme jeune.

Vous ne regrettez jamais de ne pas faire des films « grand public » ?
La question que je me pose surtout, c’est comment ne pas ennuyer les gens. Je crois que je n’ai jamais fait un film complètement ennuyeux. Au fond, l’une des seules choses qu’on peut maitriser sur un tournage, c’est de ne pas ennuyer le spectateur, même si cela ne suffit pas toujours à assurer la qualité d’un film.

Quel rapport avez-vous à la ville de Lyon ?
Quand je suis arrivé à Paris, à dix-huit ans, c’était une vraie révélation. Mais quand j’écris, je pense toujours à la région lyonnaise. C’est dans ces paysages-là que j’imaginais mon cinéma étant plus jeune. C’est le territoire où j’ai développé mon rêve cinéphile. J’ai un rapport très fort à cette région. Dans Après lui, je filmais un Lyon bobo ; avec Notre paradis, j’ai vraiment eu envie de filmer un Lyon plus sordide, plus noir.

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