120129_..multimediaarticles11102812thtreimMariellePommierEn marge de sa sélection cinématographique, la septième édition du festival Face à Face propose le 26 novembre une représentation de Angels in America Quatuor, par la compagnie Le Souffleur de Verre, d’après la pièce de Tony Kushner, à l’Opéra-Théâtre de Saint-Etienne.

Animée par un véritable sens du défi, la jeune compagnie théâtrale créée en 2003 s’attaque là à un monument du théâtre américain de la fin du XXème siècle. Originellement composée de deux pièces, Le Millénium approche et Pérestroïka, Angels in America est une épopée qui convoque plus d’une vingtaine de personnages et dont la représentation dure habituellement près de huit heures. Créée entre la fin des années 80 et le début des années 90 par Tony Kushner, cette œuvre revient sur les premiers moments de l’épidémie de sida au sein de la communauté gay new-yorkaise et propose une lecture engagée des années Reagan. Injustement peu connue et peu jouée en France, Angels in America a néanmoins inspiré Brigitte Jaques en 1994 et Krystof Warlikowski en 2007 à Avignon. Aux Etats-Unis en revanche, les mises en scène de la pièce sont pléthore et l’œuvre de Kushner a connu les honneurs de Broadway peu de temps après sa création. Il faut dire que le texte, sous-titré Fantaisie gay sur des thèmes nationaux, s’empare de la thématique du sida pour revigorer les politiques identitaires d’une Amérique reaganienne sur le déclin. Mêlant tout à la fois les questions de race, de genre, d’identité sexuelle et de religion, Kushner se positionne dans le sillage de la théorie queer mettant en cause l’étouffante hétéronormativité.
Deux couples face à face

Les membres de la compagnie Le Souffleur de Verre ont pour leur part fait le pari de resserrer l’action autour de quatre personnages : Louis et Prior, Harper et Joe. Les deux couples, l’un hétéro et l’autre homo, sont en effet au cœur de la pièce. Alors que Harper et Joe, mormons fraîchement débarqués à New York, vont prendre conscience du mensonge qui les unit, Louis va devoir affronter la séropositivité de Prior, remettant alors en question les grands principes qui l’habitent. Dans une dramaturgie très inspirée du montage brechtien – qui fait aujourd’hui écho au cinéma – Kushner confronte le délitement de ces deux couples et la façon dont chacun des personnages parvient à s’accommoder, ou non, de la réalité. L’approche de ce texte majeur du théâtre gay américain par la compagnie Le Souffleur de Verre mérite sans conteste le détour, d’autant plus que ce travail pourrait donner naissance dans les mois ou années qui viennent à une mise en scène du texte intégral.

 

Tony Kushner

Né en 1956, Tony Kushner grandit dans le Sud des Etats-Unis, à Lake Charles en Louisiane, dans une famille juive progressiste. En 1974, il s’installe à New York pour suivre des études dans la prestigieuse université Columbia. Auteur de nombreuses pièces en un acte, il se fait connaître avec A Bright Room called Day en 1985, pièce engagée qui crée des parallèles entre la montée au pouvoir des nazis et l’Amérique de Reagan. Dans les années 90, il connaît le succès avec Angels in America qui lui permettra d’être joué à Broadway. Certains ont vu des signes prémonitoires du 11 septembre dans Homebody/Kabul, pièce de 2001 traitant des errements d’une Anglaise en Afghanistan. Très proches des théories brechtiennes, Kushner revendique le statut d’artiste engagé. Il est d’ailleurs à l’origine de l’ouvrage Wrestling with Zion qui regroupe des essais de penseurs et d’artistes juifs américains en désaccord avec la politique menée par le gouvernement israélien.

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