101201_6grosplanculturephotodetteLadyGagaAvec Gossip, Brigitte Fontaine, Lady Gaga et Chantal Goya, la programmation musicale du mois de décembre à Lyon donne dans la diva et questionne le lien étroit entre la communauté gay et ses icônes.

La connexion inexplicable entre les homos et leurs égéries a toujours fait sourire, mais c’est pourtant une relation complexe. Pourquoi certaines femmes deviennent-elles de grandes égéries gays ? Quel est le profil-type de l’icône ? S’il est impossible d’en dresser un portrait-robot, on remarque néanmoins que toutes les divas ont pour dénominateur commun d’être des “sur-femmes“ inaccessibles et objets de fantasmes. Exemple paroxystique : Wonder Woman, une “super-femme“ jeune, mince, sexy, pleine de talents et objet d’un véritable “culte gay“. À l’opposé, Brigitte Fontaine est âgée, Beth Ditto est ronde, Chantal Goya n’use pas de ses charmes et Lady Gaga n’a pas de superpouvoirs. Pourtant, difficile de faire plus gay icon que ces anti-Wonder Woman.

Lady Gaga

Si Lady Gaga n’a pas de talent rare, elle nous a au moins montré qu’elle a une très bonne stratégie de communication. Les féroces défenseurs de la nouvelle Madone nous diront que c’est une vraie musicienne puisqu’elle joue du piano. Il en faudra un peu plus pour nous faire oublier l’atroce Poker Face et d’autres tubes aussi efficaces que paresseux. Et pourtant, si icône gay il y a aujourd’hui, c’est bien elle. Lady Gaga frappe fort en provoc’ et en perruque, là où Madonna semble avoir délaissé son public (faute d’inspiration !) depuis Confessions on the Dancefloor, album sorti en 2005. Après tout, être la nouvelle égérie gay est un marketing comme un autre.

Gossip

Contrairement au titre de Miss France, celui d’égérie ne nécessite pas forcément une taille de guêpe ! Beth Ditto, meneuse de Gossip, s’est définitivement imposée en 2009 au sein du milieu gay et lesbien comme une figure militante, rock et féministe en sortant Music for Men, un album rock mais paradoxalement plutôt easy listening et bien moins radical que les idées véhiculées par le groupe. Mais c’est un disque qui a beaucoup de caractère du fait de la personnalité de sa chanteuse. Beth Ditto assume ce qu’elle est et revendique le droit à la différence tout en bousculant les idées reçues et les clichés. La musique est ici avant tout prétexte à des lives énergiques où Beth fait passer ce qu’elle est : une furie punk à la voix soul et très sex.

Chantal Goya

Les shows torrides ne sont pas nécessaires pour avoir la cote auprès des homos. Hormis son anthologique passage au Jeu de la vérité, Chantal Goya n’a jamais vraiment fait dans la provocation : ses robes tombent en-dessous des genoux et elle n’a jamais chanté de titres ambigus ou à double sens. Au contraire : elle est toujours restée une chanteuse illuminée pour enfants. Marie-Rose est aujourd’hui ressuscitée et revient avec un nouveau spectacle, L’Étrange Histoire du Château Hanté. La chanteuse, qui avait dû se refaire une image après son célèbre passage à vide dans les années 90, est donc de retour sur les grandes scènes. L’aboutissement d’une longue reconquête de son public qui avait commencé dans les boîtes de nuit gay où elle se produisait à des heures tardives. Il n’était pas rare à l’époque d’entendre des remixes techno de ses plus grands titres ni de voir des clubbers s’adonner au plaisir régressif de danser sur Monsieur le Chat Botté. Depuis, Chantal Goya a toujours été reconnaissante envers la communauté de son soutien fidèle et entretient avec elle un lien fort.

Brigitte Fontaine

Enfin, ce n’est pas la peau lisse qui fait la diva. Brigitte Fontaine, plus toute jeune mais le verbe en pleine forme, présente aujourd’hui son album Prohibition aux paroles teigneuses et crues, réaction vive aux lois liberticides de l’ère Sarkozy. Si les dernières apparitions scéniques de la reine des kékés (comme elle s’était elle-même intronisée en 2001) ne sont pas très vigoureuses, sa présence est toujours un enchantement. Brigitte Fontaine, souvent de Gaultier vêtue, a une liberté de ton rare : «je suis vieille et je vous encule avec mon look de libellule», dit le titre Prohibition, chanson acide qui fustige le jeunisme ambiant mais aussi le traitement réservé aux personnes âgées.

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