A 4516879Le musée des Tissus et des Arts décoratifs de Lyon accueille jusqu’au 25 mars une exposition consacrée à la garde-robe chatoyante de la Vierge Marie.

Une furieuse envie de rejouer à la poupée. C’est le sentiment qui domine chez le visiteur en sortant de l’exposition «Icône de Mode» actuellement proposée par le Musée des Tissus et des Arts décoratifs de Lyon. Ici, la poupée ne s’appellerait pas Barbie mais Marie, mère de Dieu et vierge de son état, et pourrait mesurer jusqu’à deux mètres de hauteur. Car le plus important musée de textiles du monde (plus de deux millions de pièces) a choisi de se pencher sur une coutume très en vogue entre les XIIe et XIXe siècles : l’habillement de statues de la Vierge. Un phénomène qui, loin de se cantonner à l’Espagne ou à l’Italie comme on le croit trop souvent, a touché toute l’Europe occidentale avant de disparaître sous le poids des critiques conjuguées de l’Église elle-même et des historiens de l’art, agacés de ne pouvoir étudier des statues recouvertes de tissu. L’exposition se divise en deux parties : au premier niveau, on découvre une vingtaine de parures qui toutes appartiennent à une Vierge noire dont la première version est attestée au Xe siècle et qui fait aujourd’hui encore la fierté de la basilique toulousaine de Notre-Dame de la Daurade (rien à voir avec un quelconque culte voué à la poissonnaille : son nom vient simplement du latin daurata, «la dorée»). Les plus anciennes robes présentées remontent à la fin de l’Ancien Régime et les plus récentes ont moins de deux ans : elles ont été dessinées par quelques-uns des plus grands couturiers français, à la demande des paroissiens toulousains. Franck Sorbier, Jean-Michel Broc ou Jean-Charles de Castelbajac ont ainsi chacun contribué à renouveler la garde-robe de Marie. À l’étage supérieur du musée, d’autres parures montrent la diversité des textiles et des formes utilisés pour rendre hommage à Marie, parfois jusqu’à l’excès : au XVIe siècle, emportés par leur élan mystique, les fidèles dérapent et la hiérarchie catholique s’émeut de l’existence de processions où la Vierge est exhibée, non pas seulement habillée, mais aussi maquillée, perruquée, et même parfumée. Face aux critiques virulentes du protestantisme naissant, qui l’accuse de vouer un culte à une idole, elle convoque alors des synodes diocésains dans l’espoir de mettre fin à ces débordements. Mais, en 1563, le concile de Trente, bien loin de condamner l’habillement des statues de la Madone, se contente de recommander que les représentations de personnages bibliques soient décentes et conformes aux Évangiles. Tant pis pour les partisans de l’austérité, tant mieux pour le visiteur du XXIe siècle qui peut ainsi goûter au charme délicieusement kitsch et suranné de la garde-robe exubérante de Marie, véritable top-modèle des temps anciens.

Vierge guerrière

De toutes les robes réalisées par de grands couturiers contemporains pour habiller la Vierge noire de la basilique de Notre Dame de la Daurade, à Toulouse, la plus surprenante est sans doute celle réalisée par Jean-Charles de Castelbajac. Le créateur de mode, passionné d’histoire militaire, a sauté sur l’occasion pour dessiner une parure ornée de son thème fétiche : le motif camouflage. Habituellement, c’est Jésus, plutôt que sa mère, qui est représenté en guerrier pourfendant l’hérésie. Mais ici, c’est bien Marie qui écrase de son pied le serpent du mal.

www.museedestissus.com

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