déportation des homosexuelsLa déportation des homosexuels est une «légende» pour Christian Vanneste. Et pour les historiens ?

On pourrait appeler ça une « vannesterie » : une petite phrase de Christian Vanneste savamment calibrée pour faire hurler à la mort les associations LGBT, provoquer l’indignation et pouvoir en retour se poser en victime du «lobby gay». Cette fois-ci, c’est dans une interview accordée le 10 février au très catholique et très droitier site d’information libertepolitique.com que le député du Nord a qualifié de «légende» la déportation des homosexuels durant la Seconde Guerre mondiale. Il faut dire que, confrontés durant des décennies à l’omerta des associations de déportés et des historiens, les militants de la reconnaissance de ce fait historique longtemps occulté n’ont eux-mêmes jamais hésité à recourir à l’exagération.

L’activiste homosexuel Guy Hocquenghem évoquait par exemple «un génocide», tandis que le fondateur du Mémorial de la déportation homosexuelle, Jean Le Bitoux, se montrait très hésitant au sujet du nombre d’Européens déportés pour homosexualité et avançait des chiffres souvent contradictoires (350 000 ou 800 000)… parfois dans le même ouvrage ! En 2005, il avait d’ailleurs travaillé en tant que référent historique sur un téléfilm évoquant ce sujet, Un Amour à taire, dont la crédibilité avait été contestée par un historien aussi peu suspect de sympathies négationnistes que Pierre Vidal-Naquet. Aujourd’hui, l’association Les «Oublié-e-s» de la Mémoire évoque plutôt une fourchette de 5 000 à 15 000 déportés «grand maximum, sur l’ensemble du système concentrationnaire» nazi.

Pas de déportation de masse en France

Faut-il pour autant donner du crédit aux affirmations de Vanneste lorsqu’il affirme qu’«en dehors des trois départements annexés [Moselle, Bas-Rhin et Haut-Rhin, NdlR], il n’y a pas eu de déportation des homosexuels en France» ? L’historien Mickaël Bertrand, coordinateur de l’ouvrage collectif La Déportation pour motif d’homosexualité en France, recensait l’an dernier 62 déportés français arrêtés pour motif d’homosexualité, dont 7 en territoire français non-annexé (zone occupée et zone dite « libre » jusqu’en novembre 1942).

Des chiffres qui témoignent de l’absence en France occupée d’une politique systématique de déportation massive des homosexuels telle que celle mise en place pour les Juifs, les Tziganes ou les résistants. Mais Mickaël Bertrand a depuis continué ses travaux et affirme avoir répertorié au total plus d’une centaine de cas de déportés français, même s’il refuse pour le moment de communiquer sur des chiffres. Et se dit «certain» de découvrir de nouvelles tragédies oubliées dans les années à venir, car «énormément d’archives n’ont pas été consultées».

 

Photo de Une : photo d’identité judiciaire d’un homme déporté pour homosexualité (image d’archives apparaissant dans le documentaire Paragraph 175 de Rob Epstein et Jeffrey Friedman, 2000)
Photo 2 : mémorial aux homosexuel-le-s persécuté-e-s sous le nazisme, inauguré en 2008 à Berlin

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