En 2010, la comédienne Valérie Marinese s’attaquait à la mise en scène en créant 4.48 Psychose au Théâtre de l’Élysée. Du 12 au 24 mars, elle reprend cette pièce au Théâtre Les Ateliers.

Élisabeth Angel-Perez, spécialiste du théâtre britannique contemporain, définit l’œuvre de Sarah Kane à la fois comme un théâtre politique et comme un théâtre du dévoilement de l’intime. Cette définition, Valérie Marinese la fait sienne dans son approche de 4.48 Psychose, pièce posthume de la dramaturge britannique qui s’est suicidée en février 1999. Figure emblématique du mouvement In-Yer-Face Theatre, connu pour ne pas ménager son public, Kane est l’auteure d’une demi-douzaine de pièces, dont Anéantis (1995), qui dénonce l’horreur de la guerre en ex-Yougoslavie, Purifiés ou encore Manque, dont Simon Delétang, actuel directeur du Théâtre Les Ateliers, a proposé une mise en scène l’année dernière.

Si Valérie Marinese s’est intéressée à 4.48 Psychose, c’est qu’elle a eu la chance de lire la nouvelle traduction du texte proposée par Séverine Magois. Elle y a alors découvert un personnage de femme à part entière, insoumise, une sorte d’«Hamlet au féminin». Elle a aussi appris à se familiariser avec une écriture puissante, dense, parfois obscure, capable d’envolées lyriques comme d’échanges plus triviaux. Surtout, elle a pris la mesure de l’acuité prodigieuse et de la conscience inflexible qui sous-tendent le travail de Sarah Kane et qui sont précisément à l’origine du malaise que le spectateur peut éprouver lors de la représentation.

Un long travail de maturation

Pendant six années, Valérie Marinese s’est laissée habiter par le texte de Kane, élaborant des images à calquer sur les mots de l’auteure anglaise. Ainsi est né son désir d’un plateau minimaliste, représentation à la fois d’un espace intime – l’intérieur d’une habitation – et d’un espace mental, que le déroulement de la pièce abîme peur à peu, charge d’une dimension plastique. Ou encore l’utilisation de la musique du groupe de rock Kafka aux côtés des compositions de l’Islandais Jóhann Jóhannsson, qui introduisent des distorsions temporelles dans la structure du récit.

Mais c’est essentiellement l’hypersensibilité et la colère du personnage interprété par Valérie Marinese elle-même que la metteure en scène s’est attachée à rendre palpables au spectateur. Pour cela, elle a construit le spectacle comme une suite de performances demandant un investissement physique total à l’actrice. Le corps de l’interprète devient alors le lieu où s’affrontent les troubles du personnage, qui font irrémédiablement écho à ceux de la société contemporaine.

 

Photo © David Anémian

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