Margot Béal est militante au sein du Nouveau Parti Anticapitaliste (NPA). Dans le cadre des rendez-vous de la présidentielle organisés par le Domaine Bar, la Lesbian & Gay Pride de Lyon et Hétéroclite, elle intervenait le 10 avril dernier afin de faire le point sur les propositions de son candidat, Philippe Poutou, en faveur des droits LGBT.

Comment les problématiques LGBT s’intègrent-elles dans le militantisme du Nouveau Parti Anticapitalisme (NPA), qui est plutôt tourné vers les questions sociales ?

Margot Béal : Ces questions occupent une place importante dans notre action, car le NPA est un parti d’émancipation, un parti révolutionnaire qui défend l’égalité des droits pour toutes et tous. Et nous les défendons dans la rue, comme toutes les problématiques sociales. C’est ainsi que vous pouvez voir des drapeaux du NPA dans toutes les Marches des Fiertés de France. Le NPA combat également l’extrême-droite, qui défend un programme d’attaque contre les populations LGBTI.

Mais comment défendre les droits LGBT lorsqu’on est absent du Parlement et des instances démocratiques représentatives ? Le changement, sur ces questions, ne passe-t-il pas par la loi ?

Margot Béal : Une question se pose : faut-il envisager une révolution, une transformation profonde de tous les rapports de domination tels qu’ils existent aujourd’hui, y compris ceux qui oppriment les personnes LGBTI ? Aujourd’hui, nous sommes dans un système hétéro-patriarcal régi par des systèmes de domination très complexes et très longs à déconstruire par des lois. Par le passé, certaines lois bénéfiques pour les LGBTI ont évidemment été votées : la condamnation pénale de l’homophobie (désormais reconnue comme circonstance aggravante) ou le Pacs, qui permet une reconnaissance des couples de même sexe, même s’il n’est pas parfait. Mais il demeure énormément de choses qu’on ne peut pas changer par des lois.

Philippe Poutou lui-même affirme qu’il n’a aucune chance d’être élu ou même de passer le cap du second tour. Quels sont alors vos objectifs dans cette campagne et comment comptez-vous l’utiliser pour faire avancer la cause LGBT ?

Margot Béal : L’objectif du NPA, c’est de faire pression sur les partis, notamment de gauche, entre autres pour défendre l’égalité des droits. Car, même si nous ne se sommes pas vraiment pro-mariage, nous voulons que les couples homosexuels aient les mêmes droits que les couples hétérosexuels : droit au mariage, à l’adoption, à la procréation médicalement assistée.

Philippe Poutou margot béal npa

Vous affirmez que l’homophobie plonge ses racines dans le capitalisme. Comment établissez-vous ce lien entre ces deux notions apparemment très différentes ?

Margot Béal : L’hétéro-patriarcat et le capitalisme sont liés ; les deux se nourrissent l’un de l’autre. Le capitalisme cherche à diviser les gens entre eux, les travailleurs entre eux, les hommes et les femmes, notamment, afin d’assurer la domination d’une classe spécifique. C’est pareil pour l’homophobie. Isoler et discriminer des gens, c’est leur faire perdre l’envie de s’engager pour se faire entendre. Le capitalisme se nourrit de ces divisions-là.

On connaît l’engagement du NPA contre l’extrême-droite. Que diriez vous à ces nombreux gays et lesbiennes tentés par un vote Marine Le Pen ?

Margot Béal : Nous n’avons pas réellement de discours-type à leur délivrer, parce que nous pensons que nous n’avons pas à les sermonner comme des mauvais élèves qui se tromperaient. La dérive sécuritaire que connaissent la France en particulier et l’Europe en général depuis une dizaine d’années est tellement profonde que la stigmatisation des musulmans ou des personnes d’origine immigrée a fait son chemin dans les têtes.

Les prostituées sont justement parmi les premières victimes de cette dérive sécuritaire. Êtes-vous favorable à la pénalisation de leurs clients ?

Margot Béal : Non, car nous considérons que cela pousserait les travailleuses et les travailleurs du sexe à la précarité. Sur la prostitution en général, le parti n’a vraiment de position. Mais nous luttons pour la défense et pour les droits sociaux des personnes prostitués, afin qu’elles puissent avoir accès à la santé, cotiser pour la retraite, être protégées contre le harcèlement policier.

Que pense le NPA de la revendication du remboursement total du parcours médicalisé des trans, portée par certaines associations (dont Chrysalide à Lyon) ?

Margot Béal : Nous sommes évidemment pour le remboursement intégral de tout le processus de transition et surtout pour la sortie de ce système moralisateur et répressif des franchises médicales. Il y a des gens, en l’occurrence les personnes trans, qui réclament quelque chose ; nous sommes dans un système qui produit des milliards et des milliards d’euros de richesses, donc je crois qu’on peut leur accorder. C’est aussi simple que ça.

Êtes-vous favorables aux interventions dans les écoles, pour sensibiliser les élèves aux discriminations homophobes ?

Margot Béal : Oui, même si, à titre personnel, je pense que ce n’est pas une bonne approche d’aller expliquer dans les collèges que les discriminations envers les homosexuels sont dues à l’interdiction du mariage et de l’adoption… Les problèmes sont plus profonds que cela. Dès le collège, en quatrième, les élèves étudient la reproduction. Il est important de compléter ce programme en leur montrant qu’il n’existe pas qu’un seul modèle.

Pour lutter contre les violentes persécutions physiques dont sont victimes les personnes LGBTI dans certains pays, le premier ministre britannique David Cameron a récemment émis l’idée de suspendre les aides au développement international versées à des régimes qui ne respecteraient pas les droits humains, dont ceux des minorités sexuelles. Que pensez-vous de cette proposition ?

Margot Béal : Nous décelons ici comme un relent de néocolonialisme. Une façon de dire aux pays pauvres : «on veut bien vous prêter des sous (qu’il vous faudra rembourser ensuite avec des intérêts !), mais uniquement si vous menez tel type de politique». Le NPA est pour l’autodétermination des peuples ; les gens devraient pouvoir décider de ce qu’ils jugent bon eux-mêmes, là où ils vivent. Après, oui, s’il y a des gens persécutés dans leur pays, qu’ils viennent chez nous ou ailleurs, cela ne nous pose aucun problème. Mais la suppression des aides, c’est vraiment une idée nauséabonde. Je pense que nous n’avons de leçons à donner à personne. Quant à savoir s’il faut aider les associations qui militent contre l’homophobie au sein de ces pays, c’est plus compliqué. Je n’ai pas vraiment d’avis.

Prenons l’exemple d’une lesbienne, mère d’une petite fille, mais aussi patronne d’une petite entreprise. Qu’est-ce que le programme du NPA pourra lui apporter ?

Margot Béal : La majorité de notre programme économique est à destination des salariés. Ceux que l’on met délibérément de coté, ce sont les patrons des grandes entreprises, les gens qui sont dans une situation d’exploitation économique. Ceux qui font un maximum de bénéfices, nous les taxerons un maximum, car ces profits sont générés par les travailleurs. Cela nous permettra de défendre des services publics de qualité, dont cette mère de famille bénéficiera aussi à travers la scolarité de sa fille, de sa santé etc. C’est par l’accès à ces services publics qu’elle peut se sentir concernée par le programme du NPA.

 

Photo de Une : Philippe Poutou pendant son meeting à Toulouse le 17 avril 2012 pour l’élection présidentielle © Pierre Selim

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