Nuits Sonores, festival qui, depuis dix ans, brasse les musiques et répond aux attentes de générations différentes, constitue un excellent baromètre des tendances devenant références et des cultures qui se transmettent.

Juin 2002. L’appellation Nuits Sonores n’existe pas encore, mais déjà, quelques centaines de curieux, ravers sur le retour et autres gones en goguette, ont rendez-vous à La Sucrière, où le festival Arty Farty programme DAT Politics, Rechenzentrum et Kpt Michigan. Pas de plan de carrière mais, déjà, une carrure, une exigence et une ambiance warehouse qui rallie les hipsters. Un festival électro d’envergure, à Lyon ? Il semble y avoir matière à.

Vincent Carry, Violaine Didier, Agoria et leur petite équipe de passionnés se réunissent à l’automne 2002 et commencent à plancher. La suite, même les sourds ne peuvent l’ignorer. Deux quinquennats plus tard, près de deux mille artistes sont passés par plus de trois cents lieux différents, tous investis pour la cause Nuits Sonores. Une cause festive et une vraie caution culturelle, une vocation à faire bouger la ville en pérennisant chaque long week-end d’Ascension un rendez-vous chaque fois plus fédérateur, tentaculaire et défricheur.

Ten Years After

Mai 2012. Arty Farty nous met dix ans dans la vue. Une tranche de vie, le temps pour certains de se ranger des hangars, pour d’autres de prendre le train en marche et de faire leur baptême de BPM. Car, plus que jamais en dix ans d’histoire, Nuits Sonores est devenu un festival où plusieurs générations se regroupent, que ce soit sur scène ou dans le public même. N’oublions pas qu’en 2002, quand Rechenzentrum envoyait de l’indus découpé à la scie sauteuse, le kid qui se prépare aujourd’hui à head banger (traduire : danser en se dévissant les cervicales) sur le set de Busy P sortait tout juste du CM2.

Si la prog’ de Nuits Sonores est donc devenue tentaculaire, c’est parce que, quand on brasse 80 000 spectateurs en demande d’émotions allant de l’intellect à l’exutoire, il en faut surtout pour tous les âges, pour tous les goûts. Certains (re)viennent du rock et attendent les concerts de Mudhoney et Gallon Drunk comme une grand-messe aux effluves de Jouvence. D’autres sont des technophiles invétérés, qui voient en Nuits Sonores l’occas’ de communier sur le dancefloor. Ceux-là sont de la même génération que les organisateurs et ont mûri en vouant successivement un culte à New Order, Mouse On Mars, Dj Hell, The Hacker, James Murphy et James Holden, tous présents sur l’affiche des dix ans.

D’ailleurs, à l’heure de l’inévitable bilan, certains se souviennent qu’avant Agoria, Lyon a été le berceau d’un autre genre de pionnier : Jean-Michel Jarre, en tant que pape du synthé, sera donc à l’honneur cette année. Lors de l’inauguration, Acid Washed, Arandel et Danger donneront un coup de jeune à son inoxydable Oxygene.

Blue Sunday

Parce que la musique est aussi un héritage qui se transmet, les quadras qui ont dansé sur Chris & Cosey peuvent, depuis deux ans, initier leurs enfants lors des Mini Sonores et autre Mini Sunday. Cette année, le programme destiné aux moufflets prend de l’ampleur. Il va falloir trouver le bon tempo dimanche 20 mai pour que les mômes soient couchés avant 21 heures : là, place aux vieux de la vieille, avec le concert de New Order. Groupe trans-générationnel par excellence, la locomotive du label Factory a traversé trois décennies (new wave, électro, indie) en inaugurant même la scène du Transbordeur, en janvier 1989.

En ce temps-là, la geek generation, celle qui accourt plus volontiers pour la journée Future Sound Of UK, n’était même pas née. Pourtant, l’un de ses héros, Peter O’Grady, n’ignorait sans doute pas l’histoire d’une certaine légende lors qu’il a choisi comme nom de scène Joy Orbison. De Joy Division à Joy Orbison, il y a trois décennies et des vagues de Garçons Mutants (de filles aussi) qui surfent sur la boucle, sur les cycles infinis qui composent l’histoire de la musique. Vous en ferez bien party ?

www.nuits-sonores.com

 

Photo de Une : Joy Orbison
Photo 2 : James Holden
Photo 3 : New Order

 

 

 

La play-list d’une décennie

Stars mondiales ou artistes locaux, branchés rock ou électro, ils sont venus, ils furent tous là, durant ces dix premières années de Nuits Sonores et on en a parlé dans Hétéroclite : Battles, Wire, Robots in Disguise, Gang of Four, Hot Chip, Dj Krush, Laurent Garnier, Agoria, Underworld, Shit Robot, Miso Soup, Aphte Punk, The Sonics, Tortoise, Dj Shadow, M.A.N.D.Y., The Shoes, Discodeine, Duchess Says, Vitalic, The Go! Team, The Chap, Paral-lel, Liars, François Virot, Yokohama Zen Rock, The Buttshakers, The Last Rapes of Mr. Teach, Carl Craig, Matmos, Pierre Henry…

 

 

 

Retiens les Nuits

Après plusieurs éditions au Marché Gare, Nuits Sonores prend aujourd’hui ses quartiers dans les anciennes usines Brossette (34 rue Crépêt-Lyon 7), où se dérouleront les trois nuits principales du festival. Le programme de jour, lui, aura lieu pour la première et unique fois à l’Hôtel-Dieu (rue Bellecordière-Lyon 2), avant sa prochaine reconversion. Les festivaliers seront toujours accueillis à la galerie des Terreaux (place des Terreaux-Lyon 1), juste à côté de l’Hôtel de Ville (place de la Comédie-Lyon 1), qui hébergera pour sa part le Village du festival et le Labo européen du festival.

Le Théâtre Les Célestins (place des Célestins-Lyon 2) sera également mis à contribution pour le concert de Ricardo Villalobos et Max Loderbauer, tout comme Le Transbordeur (3 boulevard de Stalingrad-Villeurbanne) pour celui de Mudhoney. Enfin, cette dixième édition s’achèvera par un retour aux sources puisque c’est à la Sucrière (47 quai Rambaud) que New Order clôturera la première décennie du festival.

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