Gérald Russo est l’animateur de l’émission Pluriel Gay sur Radio Pluriel. Il revient sur l’importance de la radio dans son affirmation en tant que gay.

Vous avez bien connu l’époque des premières radios associatives homosexuelles ; qu’en avez-vous retenu ?

Gérald Russo : En effet, j’étais adolescent au début des années 80, lors de l’explosion des radios libres, dont certaines diffusaient des émissions gays. Je me souviens notamment de la première que j’ai entendue, Feeling gay, qui passait une fois par semaine sur la radio associative valentinoise Radio Feeling. C’était comme une voix dans la nuit qui me parlait, une communauté à laquelle me raccrocher et grâce à laquelle je me sentais moins isolé. Bien sûr, je savais que je n’étais pas le seul homo de la Terre, mais j’ai souvent été traité de pédé au collège et au lycée et cette émission donnait une sorte de valeur à mon existence.

Quand je suis arrivé à Paris, j’ai beaucoup écouté Fréquence Gaie, du moins durant ses quatre ou cinq premières années, avant qu’elle ne devienne beaucoup plus commerciale. C’était incroyable, comme une bulle qui éclate. On entendait des propos un peu trash : des mecs qui parlaient de leur sexualité et de leurs fantasmes, notamment dans l’émission de David Girard, un ancien tapin qui avait bâti un véritable empire commercial gay à Paris et qui est décédé du sida quelques années plus tard. Il y avait aussi les soirées spéciales Fréquence Gaie organisées au Palace, que malheureusement je n’ai pas connu. Tout cela correspondait à la dépénalisation de l’homosexualité, à l’arrivée au pouvoir de la gauche et à une grande effervescence du milieu gay, dont cette radio était la locomotive.

Comment est née Pluriel Gay ?

Gérald Russo : Je me suis souvenue de ma jeunesse, des émissions qui existaient alors, et je me suis dit que cela manquait à Lyon. Il y avait déjà eu une tentative d’émission (très irrégulière et éphémère) de ce type sur Radio Pluriel. En 2010, je me suis retrouvé soudain avec beaucoup de temps libre et j’ai donc décidé de mener à bien ce projet qui trottait dans ma tête depuis un moment, bien que je ne sois absolument pas journaliste. Je l’ai proposé au président de Radio Pluriel, qui l’a très bien reçu, et l’idée a été validée par un vote au conseil d’administration. C’est une radio qui donne la parole à de nombreuses communautés (malgache, turque, etc.) et ses responsables ont trouvé qu’il était bon que les personnes LGBT y soient elles aussi représentées.

Gérald Russo

Je n’ai jamais eu l’ambition de refaire Fréquence Gaie : ce n’était pas le même format ni la même époque. Je me demande d’ailleurs si ce serait possible… Mais j’ai voulu offrir une représentation médiatique à la vie gay et lesbienne lyonnaise.

Quel bilan tirez-vous des premiers mois de cette expérience ?

Gérald Russo : La première émission a été diffusée en avril 2011 et avait pour invité Le Refuge, une association qui propose un hébergement aux jeunes majeurs chassés de leur foyer parce que leurs parents n’acceptent pas leur homosexualité. Le tissu associatif et commercial LGBT lyonnais est riche, ce qui me permet de varier les sujets et les invités. La Mère Supérieure du Couvent des 69 Gaules des Sœurs de la Perpétuelle Indulgence, Sœur Marya-Ulrika Pote, est venue pour délivrer beaucoup d’informations internationales. L’association de lutte contre l’homophobie Rimbaud a été conviée également, tout comme le Collectif lesbien lyonnais, l’association des commerçants LGBT GoToLyon… L’émission a aussi hébergé une série d’entretiens avec les invités du festival Écrans Mixtes, dont Lionel Soukaz ou Corine Blue.

Qu’apporte la radio de plus que les autres médias ?

Gérald Russo : Un rapport beaucoup plus direct, plus intime. On peut se permettre d’être plus long, plus profond qu’à la télévision, par exemple, parce l’auditeur, à la différence du téléspectateur, n’est pas distrait par l’image.

 

 

Hétéroclite dans Pluriel Gay

Suite à une première invitation au printemps 2011, Hétéroclite est désormais convié à participer à Pluriel Gay chaque premier mercredi du mois. L’occasion d’évoquer à l’antenne l’actualité homosexuelle de Lyon, Grenoble, Saint-Étienne et de leurs environs, le soir de la sortie de chaque nouveau numéro. Depuis peu, les anciennes émissions sont peuvent être réécoutées en podcasts sur l’audioblog de la chaîne Arte.

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