Lire Monique Wittig aujourd’hui est un ouvrage collectif qui s’intéresse à l’écriture de cette théoricienne et militante féministe et lesbienne.

monique wittig

«Au milieu des nouveautés se trouvait un livre intitulé Le Corps lesbien. Je ne me souviens d’aucun autre livre. Mon regard était fixé sur cette couverture blanche aux lettres bleues et violettes et sur ces trois mots que j’ai reçus en pleine figure. J’étais excitée comme lors d’un coup de foudre». Ainsi Gabriele Meixner raconte-t-elle la découverte en 1973 de celle dont elle avait devenir l’éditrice et la traductrice en Allemagne. Un récit qui illustre bien l’importance qu’a eue Monique Wittig dans les mouvements féministe et lesbien des années 1970.

«Féministe, matérialiste, lesbienne». Trois mots pour présenter Monique Wittig, née en 1935 et morte en 2003. Féministe, elle fut des premières actions du Mouvement de libération des femmes en 1970. Matérialiste, elle s’opposa à l’idée d’une «écriture féminine», promue par exemple par Hélène Cixous. Lesbienne, elle écrivit que «les lesbiennes ne sont pas des femmes» et décrivit le lesbianisme comme une «posture politique» qui remet en cause le système politique qu’est l’hétérosexualité.

Lier littérature, langue et politique

C’est plus particulièrement l’écriture de Monique Wittig qui intéresse les auteurs de Lire Monique Wittig aujourd’hui. Issu d’un colloque qui s’est tenu à Lyon en 2009, ce livre montre combien «le travail sur le langage est le lieu même où peuvent s’élaborer une pensée et une politique», soulignent Benoît Auclerc et Yannick Chevalier (qui ont coordonné le livre). Pour n’en donner qu’un exemple, Monique Wittig joue, au fil de ses livres, avec les pronoms : le récit de L’Opoponax suit le pronom «on», tandis que Les Guérillères s’écrit aux «elles» et Le Corps lesbien avec le pronom coupé «j/e».

Les textes (signés notamment de Anne F. Garréta, Suzette Robichon, Marie-Hélène Bourcier) montrent comment Monique Wittig a lié littérature, langue et politique, comment chacune de ses œuvres a cherché à «défaire le genre». Ils contribuent ainsi à faire redécouvrir l’écriture de Wittig et à faire vivre la pensée de celle qui écrivait dans La Pensée straight que «la seule opération politique qu’[un texte] puisse accomplir», c’est «introduire dans le tissu textuel du temps par la voie de la littérature ce qui lui tient à corps».

 

Lire Monique Wittig aujourd’hui, sous la direction de Benoît Auclerc et Yannick Chevalier (Presses universitaires de Lyon)

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