« Très peu de gens comprennent qui je suis réellement, ou plus exactement, «ce que» je suis : un homosexuel et un musulman, les deux fondus en quelque sorte en un seul et même individu qui tente, lui, de ne pas sombrer dans la schizophrénie, le clivage. »

Ludovic-Mohamed Zahed a grandi partagé entre plusieurs identités. Né à Alger, il est venu très jeune habiter à Paris, avec ses parents francophones. Malgré une éducation qui se voulait «moderniste», le jeune garçon ressent très tôt un attrait pour la religion et la spiritualité. Mais c’est sans compter son homosexualité, associée à un efféminement que condamne sa famille. À l’adolescence, revenu en Algérie, le jeune homme trouve dans le salafisme – un mouvement traditionaliste qui propose de retourner aux sources de l’islam – un moyen de faire taire ses interrogations, en particulier celles sur sa sexualité. Vêtu de blanc, le jeune homme apprend par cœur des pans entiers du Coran. Au sein d’un groupe salafiste, il tombe amoureux pour la première fois (un amour «platonique», mais intense), ce qui entraîne sa mise à l’écart de la communauté. L’«impression d’imposture» fait s’éloigner de la religion Ludovic-Mohamed Zahed, qui décrit les salafistes comme d’effroyables rhéteurs dont la principale préoccupation est de chercher un argument dans le Coran pour dominer l’adversaire. Le jeune homme ne redécouvre la religion que quelques années plus tard, à Marseille, en France, et décrit son rapport apaisé à l’islam. Ce parcours est loin d’être unique, nous dit Ludovic-Mohamed Zahed, par ailleurs président de l’association Homosexuels musulmans de France (HM2F). D’après ce militant, nombreux sont les gays musulmans qui trouvent un moyen de concilier homosexualité et islam. Le livre est ainsi avant tout un remarquable témoignage pour ces gays qui n’ont pas souvent la parole. «Je suis persuadé que si le prophète Mahomet était vivant, il marierait des couples d’homosexuels», écrit l’auteur, qui invite à se réapproprier l’islam et à poser «la question fondamentale du rapport à l’autorité religieuse, au dogme, et à la liberté de disposer de soi-même et de définir son identité».

Le Coran et la Chair de Ludovic-Mohamed Zahed (éditions Max Milo)

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