Patti Smith a remisé ses livres, son Rimbaud, ses médailles et ses prix pour reprendre la route du rock avec son onzième album, Banga. La punkette est-elle dead or not ?

En 1975, Patti Smith s’enfermait dans les célèbres Electric Lady Studios, ceux-là même construits par Jimi Hendrix et qui ont accueilli par la suite les plus grandes légendes du rock : AC/DC, Frank Zappa, The Clash… Elle s’apprêtait alors à enregistrer une œuvre majeure, Horses, un huit titres qui est aujourd’hui considéré comme un disque pionnier du mouvement musical punk. Trente-sept ans plus tard, en apprenant que notre Patti est retournée dans ces mêmes studios pour sortir un album de chansons originales (ce qui n’était pas arrivé depuis Trampin’ en 2004), on se demande forcément de quelle couleur sera Banga. Car, entre ces deux disques, la godmother of punk est devenue académique (elle a notamment été décorée des insignes de Commandeur des Arts et Lettres et couronnée par le National Book Award pour son autobiographie, Just Kids) et son œuvre fait désormais figure de classique : Horses est aujourd’hui plus connu que Le Dormeur du val de son cher Arthur… Si l’honnêteté et l’engagement de Patti Smith ne sont pas à remettre en question, seule l’écoute de son disque permettra donc de savoir si sa rage musicale est encore intacte.

Littérature et transe

Amerigo ouvre ce onzième album de manière bien sereine, peut-être trop, en petite balade plaisante et inoffensive. On craint le ramollissement. Arrive ensuite le tube, le single April Fool, sorti et martelé sur les ondes depuis avril, donc nécessairement un peu formaté, pas très spontané mais pas désagréable. Et puis Fuji-San surgit, vrombissant, mystique et porté par la voix suppliante et pleine d’écho de Patti. Le morceau est une «prière rock’n’roll» comme l’explique son auteure, écrite pour le peuple japonais après la catastrophe de Fukushima. Des hommages, il y en aura d’autres : This Is the Girl (qui honore la mémoire de Amy Winehouse), le chouette morceau Nine (offert à son ami Johnny Depp pour son anniversaire) ou encore Maria (dédié à l’actrice française Maria Schneider). Mais l’incontournable, dans ce disque, ne se situe pas du côté des hommages mais plutôt de celui des citations. La littérature, une fois de plus, met l’icône du rock en transe. Et c’est sur le morceau Banga (qui fait référence au roman Le Maitre et Marguerite de l’écrivain russe Mikhaïl Boulgakov) que Patti Smith, inspirée, est enfin rêche et pleine de niaque. Avec ce titre, elle nous prouve qu’elle est encore rock. Ce n’est que plus tard, lorsqu’elle achève son album par des chœurs d’enfants (façon Heal the World) sur une reprise écolo de Neil Young, que l’on aura de sérieux doutes. Patti, hippie ?

«Banga», de Patti Smith (Columbia)

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