La comédie musicale Mamma Mia !, inspirée des chansons d’ABBA, repasse par Lyon cet hiver. Pourquoi ce groupe fait-il l’objet d’un culte chez les homos des deux sexes ?

Deux écoles s’affrontent à propos de l’adaptation française de Mamma Mia !, la comédie musicale reprenant plus d’une vingtaine de titres du groupe ABBA qui n’en finit plus de tourner à travers le monde, de Johannesburg à Kuala Lumpur, depuis sa création à Londres en 1999. À notre gauche, scintillants dans leurs costumes à paillettes pattes d’ef, ceux que nous appellerons «les enthousiastes», trop heureux de se retrouver entre fans pour communier autour des tubes de leurs idoles façon «Âge tendre et tête de bois». À notre droite, resplendissants dans leurs cols pelle-à-tarte en satin mauve, ceux que nous baptiserons «les puristes», qui ne jurent que par les chansons originales et qui considèrent comme intouchables (et donc intraduisibles) des hymnes aussi sacrés que Knowing Me, Knowing You (Qui je suis, qui sommes-nous en VF…), Lay All Your Love On Me (Laisse-moi l’amour aussi) ou encore Gimme ! Gimme ! Gimme ! A Man After Midnight (Un homme après minuit). On se gardera bien de rentrer dans pareille querelle de clochers, le scénario-prétexte de Mamma Mia ! servant de fil conducteur entre ces chansons ne méritant sans doute pas de raviver les guerres de religion : sur le point de se marier, une jeune fille souhaite être conduite à l’autel par son père, dont elle ignore l’identité. Elle invite donc à la noce trois des anciens amants de sa mère afin de découvrir lequel est son géniteur…

ABBA, porte-drapeau de l’euro-disco

Si la trame de Mamma Mia ! se passe donc de toute exégèse, on peut en revanche s’interroger sur la popularité persistance du quatuor suédois, notamment auprès du public gay et lesbien. Si le groupe (composé de deux couples on ne peut plus hétéros) jouit aujourd’hui encore d’un tel engouement auprès des homos, c’est sans doute parce qu’il est le représentant le plus abouti de la branche européenne du disco, «une musique qui a accompagné les mouvements d’émancipation gay et black», comme le rappelait dans Têtu (juillet-août 2012) le journaliste Patrick Thévenin à l’occasion de la mort récente de Donna Summer (considérée comme la reine du genre). Comme la soul avait rythmé le mouvement des droits civiques, le disco est indissociable de cette «parenthèse enchantée» qui s’ouvre pour les gays entre la révolution sexuelle à la fin des années 60 et l’apparition du sida au début des années 80. Plus qu’un simple fond sonore, il représentait alors une musique de ralliement, d’affirmation de soi et de fierté mobilisatrice. N’en déplaise à ses détracteurs qui continuent à ne voir en lui qu’une mode décérébrante pour masses dépolitisées. ABBA ces pisse-froids, et vive le disco !

 

Mamma Mia !, les 20 et 21 décembre 2013 à 20h à la Halle Tony Garnier, 20 place Docteurs Charles et Christophe Mérieux-Lyon 7 / De 35€ à 79€ / www.facebook.com/mammamialemusical

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.