Quatre ans après son premier disque, le trio anglais The XX sort Coexist et quitte l’adolescence pour aborder les rivages de l’âge adulte.

Fourvière, 18 juin 2010. L’amphithéâtre romain affiche complet et tout le monde se pose la même question : comment The XX, ce trio d’ados muni d’un seul album très épuré d’une quarantaine de minutes seulement, va-t-il se défendre dans l’arène lyonnaise ? On les sait introvertis, timides, pas très marrants… C’est donc à la surprise générale que le minimalisme du disque fait place sur scène à de gros beats puissants et que la chanteuse Romy sort de sa coquille après quelques titres. Les morceaux s’étirent, le concert prend des airs de Techno Parade et ce premier album révèle ce soir-là une facette insoupçonnée : en plus d’être subtil, il est dansant ! Et tout le monde en semble surpris, les trois jeunes gens les premiers. The XX devient alors un groupe de scène, après avoir été un groupe de corbeaux que l’on écoute en repli chez soi. On danse sur The XX et les remixes ne se font d’ailleurs pas attendre. C’est de cette expérience scénique, de cette énergie découverte en live que s’est nourri le groupe pour présenter Coexist, un album très abouti et ouvert sur le monde.

Noir, c’est noir

Après un hiatus discographique de quatre ans, les histoires d’amour adolescentes du premier opus, The XX, sont aujourd’hui consommées. Les trois membres du combo sont maintenant de jeunes adultes qui ont pris leurs premiers appartements à Londres. Ils ont beaucoup voyagé, en gardant leurs oreilles grandes ouvertes pour entendre ce qui se faisait ailleurs. Ils se sont dé-pouponnés et ont grandi. Et grandir, c’est aussi assumer ses contradictions et sortir de l’auto-caricature. Balancer des rythmes moins minimalistes et plus dance, ce n’est plus la honte. On ne boudera donc pas notre plaisir à l’arrivée du petit groove qui débarque au milieu du titre Reunion ou sur le morceau Fiction qui apporte un son et une rythmique nouveaux. Un titre comme Sunset pourrait même aisément se passer du chant, jusqu’alors indispensable face au minimalisme de l’instrumentation. La couleur du groupe reste cependant la même : le noir. Alors, qu’on ne se méprenne pas : si Coexist est définitivement plus animé, la fragilité nerveuse de Portishead y persiste encore, mêlée au désespoir froid d’Everything but the Girl. On ne fera donc pas tourner les serviettes à l’écoute de ce nouvel album. Comme son prédécesseur, Coexist nous fera broyer du noir. À la différence près qu’on ne sera plus tout seul dans sa chambre, mais sur une piste de danse entre jeunes adultes désillusionnés.

The XX, Coexist (XL Recordings)
www.thexx.info

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