Les ouvrages pour la jeunesse ne sont pas dénués de représentations sexistes, mais des solutions existent.

Au matin du 25 décembre, les petits garçons et les petites filles trouveront, au pied du sapin de Noël, des jouets, des friandises, des consoles de jeux vidéos et, espérons-le, quelques livres. Oui, mais lesquels ? Selon une étude du docteur en psychologie Anne Dafflon-Novelle portant sur la littérature jeunesse francophone publiée en 1997, la moitié des ouvrages pour enfants mettaient en scène un personnage masculin et un quart seulement un personnage féminin. Et les situations dans lesquelles évoluent ces personnages, tout comme leurs activités, ne sont évidemment pas les mêmes selon leur sexe. Les garçons y ont l’apanage des grandes épopées, de l’audace, de la « volonté de puissance ». En revanche, les ambitions des filles (du moins telles qu’elles sont décrites dans une majorité de livres jeunesses) semblent bien plus modestes : elles sont souvent réduites à des fonctions auxiliaires, maternantes ou protectrices. Dès l’enfance, ces lectures en apparence anodine leur font donc comprendre où est leur place : à la maison, de préférence derrière les fourneaux. Cette intériorisation par les petites filles, dès le plus jeune âge, de leur statut « inférieur » (ou cantonné à la sphère domestique) explique sans doute en partie qu’arrivées à l’âge adulte, les femmes soient aujourd’hui encore sous-représentées dans toutes les instances de pouvoir : Assemblée nationale, conseil d’administration des grandes entreprises, etc. Comment, dès lors, lutter contre ces stéréotypes ? L’association Adéquations, qui intervient depuis 2003 dans divers domaines (développement humain durable, solidarité internationale, droits humains, mais aussi égalité des femmes et des hommes) propose par exemple une formation à la notion de « genre ». Tout comme Adéquations, l’association suisse Lab-elle a également établi une bibliographie de plus de trois cents livres garantis sans sexisme. S’y distinguent notamment des maisons d’éditions engagées, comme Talents hauts ou Thierry Magnier, remarquées pour leur opiniâtreté à bouleverser les représentations : dans leurs ouvrages, les filles ont le droit de faire preuve d’initiative et de leadership et les garçons celui d’exprimer sans honte leurs sentiments. Jusqu’en novembre 2010, Lab-elle éditait même des autocollants envoyés aux libraires et aux bibliothécaires pour que ceux-ci puissent mettre en avant les livres les plus en pointe en ce domaine ; faute de moyens, elle a dû cesser cette activité. Mais le principal obstacle à une véritable prise de conscience de ces enjeux est moins d’ordre financier qu’idéologique : c’est le conservatisme des antiféministes, dont les arguments rejoignent presque mot pour mot ceux avancés par les organisateurs de la grande « Marche solidaire » contre le mariage pour tous du 17 novembre dernier : sacralisation et biologisation de la différence des sexes, vision déformée et caricaturale de la théorie du genre… Preuve supplémentaire que les luttes féministes et homosexuelles ont bien le même ennemi.

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