La thèse du livre Féminismes islamiques est simple : affirmer qu’il est possible de penser et de mener l’émancipation des femmes en s’appuyant sur l’islam. Mais la tâche n’est pas aisée tant les «féministes islamiques» (ou «féministes musulmanes») s’attaquent à deux fronts à la fois. D’une part, «le conservatisme musulman» c’est-à-dire les interprétations les plus réactionnaires de l’islam. D’autre part, «la doxa féministe», c’est-à-dire les mouvements féministes convaincus que l’émancipation passe par la mise à distance du religieux, voire qui font leur les discours islamophobes et sont accusés de sombrer dans des travers postcoloniaux et orientalistes. Au contraire, les intellectuelles et militantes (pour la plupart étrangères) dont les textes sont réunis ici réfléchissent à la manière de lutter pour l’égalité des sexes, contre la misogynie et le patriarcat, avec l’islam, et non contre. Ainsi, «elles considèrent que l’égalité est au fondement de la religion musulmane et que le message de la Révélation coranique est garant des droits des femmes. C’est par et pour l’islam qu’elles conçoivent leur engagement féministe». Luttant de l’intérieur, elles affirment que plusieurs siècles d’interprétation et de patriarcat ont transformé le message religieux. Elles proposent donc un retour aux sources du texte religieux, et notamment par la distinction entre al-Fiqh (la jurisprudence, l’interprétation des textes) et ash-Shari’a (la «voie», les principes supérieurs du Coran). Elles proposent également une réécriture de l’histoire de l’islam dont ont été occultées les femmes. Le livre décrit le mouvement de prise des paroles des femmes musulmanes, notamment en Europe, Malaisie, Égypte ou encore en Syrie. Il souligne les potentialités théoriques et politiques de réformes radicales offertes par ces mouvements. Celles-ci se trouvent dans la transformation du rapport à l’autorité religieuse. En posant la question «qui a le droit de parler de l’islam ?», le «contre-savoir» produit par ces féministes conteste le monopole de l’autorité religieuse. Passionnantes, ces «voix égalitaires de l’islam» sont cependant minoritaires, soulignent les auteurs. Il est alors encore plus salutaire de les donner à lire.

Féminismes islamiques, de Zahra Ali (éditions La Fabrique)

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