Ian Brossat, président du groupe communiste au Conseil de Paris, revient sur le débat autour du projet de loi sur le «mariage pour tous». Il critique la «timidité» du gouvernement sur le sujet.

De façon générale, que pensez-vous du débat qui a lieu autour du projet de «mariage pour tous» ?
Mon sentiment est qu’aujourd’hui, dans ce débat, on entend beaucoup ceux qui sont hostiles au «mariage pour tous», qui élèvent le ton et se livrent à des dérapages en cascade. En face, je pense que l’on aurait besoin que ceux qui sont favorables à l’égalité des droits s’expriment plus fortement. J’ai parfois le sentiment d’assister à un combat de boxe, dans lequel on aurait un boxeur très offensif et un autre qui regarde le match sans réagir. Je pense que cette situation est dangereuse et qu’elle appelle un sursaut.

Le gouvernement est-il responsable de ce manque de vigueur des défenseurs de l’égalité des droits ?
Cette timidité vient en effet notamment du gouvernement, qui devrait mettre plus d’allant à défendre cette proposition, qui faisait pourtant l’unanimité à gauche. On a l’impression que le gouvernement mène ce combat en s’excusant. J’ai encore en tête les propos de François Hollande, qui a évoqué un droit de conscience devant le congrès des maires de France. Face à cette timidité, une mobilisation citoyenne et associative extrêmement forte est nécessaire.

Que pensez-vous du refus du gouvernement d’inclure la possibilité pour les couples homos d’avoir recours à la procréation médicalement assistée ? Est-ce un renoncement ?
C’est regrettable, puisque François Hollande s’y était engagé dans plusieurs déclarations. En ce qui nous concerne, les parlementaires du Front de gauche comptent proposer un amendement dans ce sens lors du débat à l’Assemblée nationale (fin janvier, NdlR).

Pensez-vous qu’il y ait un risque que le débat s’enlise et que le projet de loi ne soit pas adopté ?
On aurait pu adopter ce projet de loi dès les premiers jours de mandature de François Hollande. Le fait d’attendre a permis aux opposants de marquer des points. Les défenseurs du mariage pour tous doivent encore gagner la bataille de l’opinion. Il me paraît en tout cas inenvisageable que le gouvernement puisse abandonner un projet aussi central.

Que diriez-vous de l’évolution du rapport de la gauche de la gauche à la question de l’homosexualité ? Est-il vraiment loin le temps où Jacques Duclos (candidat du Parti Communiste Français à l’élection présidentielle de 1969, NdlR) lançait aux membres du Front Homosexuel d’Action Révolutionnaire : «allez vous faire soigner, bande de pédérastes, le PCF est sain !» ?
La réalité, c’est que le parti communiste défend aujourd’hui l’ensemble des revendications des associations LGBT pour l’égalité des droits. Tout simplement parce que, quand on est communiste, on se bat pour l’émancipation, qui passe par la fin de toutes les formes de discrimination. Par ailleurs, même si dans les années 60 et 70, des dirigeants communistes ont pu tenir des propos qui n’allaient pas dans ce sens, c’est un ministre de la Santé communiste, Jack Ralite, qui a fait supprimer en 1983 l’homosexualité de la liste des maladies mentales.

Votre coming-out et le fait que vous posiez dans les colonnes des Inrockuptibles avec vos compagnon n’ont suscité aucun grincement de dents au Parti Communiste ?
Je n’ai jamais été confronté directement à des responsables communistes qui m’auraient fait des reproches, au contraire. Pour le reste, peut-être que tel ou tel n’en pensent pas moins, en tout cas ils ne me le disent pas directement…

Ian Brossat

_1980_ : naissance à Fontenay-aux-Roses le 23 avril

_1997_ : adhère au Parti Communiste Français (PCF)

_2002_ : élu à la direction de la fédération de Paris du PCF

_2003_ : agrégé de Lettres modernes

_2004_ : candidat aux élections régionales de 2004, sur la liste conduite par Marie-George Buffet

_2007_ : candidat aux élections législatives dans le 14e arrondissement de Paris

_2008_ : candidat aux élections municipales dans le 18e arrondissement de Paris, il est élu conseiller de Paris et prend la tête du groupe communiste au Conseil de Paris

_2009_ : à son initiative, le Conseil de Paris vote à l’unanimité un vœu dénonçant l’interdiction faite aux homosexuels de donner leur sang

_2010_ : demande à Bertrand Delanoë d’interdire les concerts du groupe de rap Sexion d’Assaut, accusé d’avoir tenus dans ses chansons et dans des interviews des propos homophobes

_2011_ : effectue son coming-out dans les colonnes du mensuel Têtu

_2012_ : candidat aux élections législatives (sous l’étiquette du Front de gauche) dans la 17e circonscription de Paris, il arrive en troisième position et est éliminé au premier tour avec 14,92% des suffrages exprimés

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