Sous ses faux airs de hipster hétéro, Nuits Sonores est un festival bien plus queer qu’il n’y paraît. Hétéroclite fait sortir du placard une sélection de groupes, pour des Nuits Sonores plus gay, plus folles.

C’est l’heure de l’outing pour beaucoup de groupes programmés sur cette onzième édition du festival Nuits Sonores. Ils ne passent pas aux aveux mais leur musique les trahit. Ces formations sévissent parfois dans un style dont la culture gay s’est emparée bien avant eux. Il est question de courants musicaux sur lesquels la communauté homo a usé ses talonnettes, de musiques qui ont été de véritables points de ralliement pour de nombreuses minorités par le passé. C’est pourquoi, cette année, notre sélection Nuits Sonores sera disco, funk, house mais passera aussi par du R’n’B et des musiques dépressives. Et tant pis pour les grandes têtes d’affiches incontournables telles Laurent Garnier, Busy P, Jamie XX ou encore Carl Cox, légende de la house britannique dont on ne parlera pas. Ils n’avaient qu’à être plus gay-friendly !

Danse et drame

La house est actuellement une des musiques incontournables du milieu et gay et lesbien. Il est donc de bon ton de profiter de Nuits Sonores pour enfin en écouter de la bonne. Et on fait entièrement confiance aux deux Dj’s et clubbers de la formation Acid Washed pour nous refiler leur house aux sonorités «daftpunkiennes». Quant aux nostalgiques de la house d’antan, ils trouveront leur bonheur avec le duo londonien aux rythmes imparables Disclosure, qui ose encore, en 2013, insérer des samples de gémissements sexuels dans sa machinerie dance. Enfin, pour du clubbing plus classique, la jeune formation Villanova, qui soigne autant son look que son groove un peu chichiteux, ravira les amateurs de house proprette.

Mais comme tous les gays ne sont pas que des danseurs sous MDMA décérébrés et parce qu’ils ont aussi le goût du drame, on trouvera dans cette onzième édition une kyrielle de groupes moins festifs venus du mouvement trip-hop ou des artistes joliment dépressifs, telle Anika, première signature du label de Geoff Barrow (l’un des membres de Portishead). Anika nous amène de Berlin sa noirceur, son rock austère et sa voix désenchantée : de quoi refroidir la température et casser les préjugés sur Nuits Sonores et ses teufers.

Le Néo-Zélandais Connan Mockasin, derrière ses airs d’éphèbe lunaire inoffensif, devrait lui aussi casser magiquement l’ambiance avec la présentation de son premier album, Forever Dolphin Love, assemblage onirique de pop, d’électro et de jazz. Son collègue anglais (tout aussi éphèbe mais autrement mélancolique) King Rule, âgé de dix-sept ans seulement, prouvera quant à lui qu’il n’y a pas d’âge pour se taillader les veines.

Beyoncé et Dalida

La programmation de Nuits Sonores ne serait pas complète sans les deux musiques indispensables à toute fête gay réussie : le disco et le R’n’B ! Ce dernier genre sera représenté cette année par le groupe AlunaGeorge, qui mélange R’n’B, donc, et électro house. Parfait pour assumer son côté «chaudasse du dancefloor» autrement que sur du Beyoncé ! La bitch de Jay-Z ne sera malheureusement pas de la fête mais risque fort d’être remixée et maltraitée par les bons soins de Sinjin Hawke. Ce jeune Montréalais (aujourd’hui installé à Barcelone) devait jouer lorsqu’il était enfant avec ses grandes sœurs imaginaires les Destiny’s Child. Conséquences psychiques : Sinjin Hawke est un fan absolu de R’n’B. Il a d’ailleurs débuté sa carrière par des remix de ses idoles. Aujourd’hui, ses propres compositions mélangent beaucoup de ses influences passées.

Seth Troxler (Nuits Sonores 2013)

Mais les nuits du festival ne pourraient être vraiment folles sans quelques ambassadeurs de la musique gay par excellence : le disco. La branche funky du genre sera représentée par Seth Troxler. Mais pour du pur et du pas coupé, cette année le festival nous gâte et ouvre grand les portes du Paradisco cher à Dalida grâce à la venue de Vitalic ! L’artiste dijonnais préparera pour l’occasion pour «Disco DJ set» spécial. Enfin, les fines bouches qui ne trouveront pas leur bonheur au paradis pourront toujours se rendre en enfer et retrouver l’ancien joueur de métal norvégien underground Prins Thomas, aujourd’hui reconverti et adepte de space disco !

 

Les Nuits décortiquées

Le festival Nuits Sonores, comme son nom ne l’indique pas, se déroule aussi en journée et, comme chaque année, s’étend sur toute la ville avec différents temps forts, dont certains sont gratuits : les Apéros Sonores (du 8 au 12 mai), les Extras sonores (du 30 avril au 12 mai), les NS Days (du 9 au 11 mai), les Nuits (les 8, 10 et 11 mai), le Circuit (le 9 mai) et enfin le Mini Sunday (le 12 mai).

 

Festival Nuits Sonores, du 7 au 12 mai / www.nuits-sonores.com

 

Photos : Seth Troxler

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