Avec Gay Paris, François Buot propose une plongée dans le Paris interlope entre le début du XXe siècle et celui de la Seconde Guerre mondiale.

Dans son magistral livre Gay New York, George Chauncey bousculait l’Histoire gay. L’historien affirmait que, contrairement à ce que les LGBT «d’après Stonewall» avaient cru, celle-ci n’avait pas commencé avec la libération homosexuelle de la fin des années soixante. Au contraire, il montrait comment un monde gay bien visible et entremêlé à la culture populaire s’était épanoui dans la métropole américaine au tournant des XIXe et XXe siècles. Le livre de Chauncey invitait à entreprendre de telles histoires pour d’autres grandes villes. Avec Gay Paris, François Buot propose pour sa part une plongée dans le Paris interlope entre le début du XXe siècle et celui de la Seconde Guerre mondiale.

Un monde balayé par les deux Guerres mondiales

Très documenté (dommage cependant que les références soient souvent imprécises), il cite abondamment la littérature (notamment Jean Genet, Marcel Proust, Jean Lorrain, Colette, Willy ou encore Nathalie Barney), mais aussi des archives de police, quelques entretiens et des travaux existants, dont ceux de Florence Tamagne et Régis Révenin. Gay Paris propose ainsi une géographie des lieux de rencontre (par exemple Montmartre ou les environs de la Bastille) et évoque bains, vespasiennes, bordels et même promenoirs des théâtres. Il décrit aussi la manière dont les «identités sexuelles» sont pensées. Au sein du monde gay, «pédés» et «tantes», passives et provocantes, s’opposent, tandis qu’un grand nombre de jeunes hommes sont prêts à coucher avec d’autres garçons sans se penser comme homosexuels.

gay paris françois buot

François Buot montre – en n’oubliant pas les lesbiennes – comment ces cultures homosexuelles se mêlent au Paris populaire et sont relativement épargnées par la haine contre les «invertis». Il rappelle cependant comment ce monde gay s’efface quasiment au cours de la Première Guerre mondiale (durant laquelle les homosexuels sont considérés comme du côté de l’ennemi, et étrangers à la communauté nationale) avant de réapparaître ensuite. Enfin, il retrace la montée des discours dénonçant les «perversions» dans les années 1930 : ceux-ci préfigurent le «raidissement» de la Libération et la disparition de ce monde.

 

Gay Paris, de François Buot (éditions Fayard)

 

Photo : travestis au bal du Magic City

2 Réponses à “« Gay Paris » de François Buot : une plongée dans un Paris interlope disparu”

  1. Anne Soprani

    Le livre de F. Buot comporte des emprunts, nombreux et caractérisés, entre autres, à deux livres des éditions Non Lieu, Paris Gay 1925, de Gilles Barbedette et Michel Carassou, et Excentriques et Années folles, de Christian Gury. Cf l’article de Mathieu Magnaudeix dans Médiapart, du 5 août 2013.

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