C’est Antoine Idier qui rappelle cette formule de Pasolini qui n’a pas pris une ride : «tant que le divers vit sa diversité en silence, tous se sentent gratifiés de la tolérance qu’ils lui accordent. Qu’il se mette à parler, et c’est le lynchage». Ce n’est pourtant pas aux débats récents sur le mariage qu’Idier, par ailleurs collaborateur d’Hétéroclite, consacre son dernier essai mais au processus historique qui conduisit, il y a trente ans, en 1982, à ce que l’on a appelé la «dépénalisation de l’homosexualité».

Recomposant l’histoire du mouvement gay français dans les années 70, racontant ses courants, ses évolutions, ses contradictions, ses personnalités, s’intéressant en parallèle à l’état de la société française (politique comme civile) sur la question de l’homosexualité, Les Alinéas au placard remet à jour avec rigueur une page d’histoire si proche et si lointaine à la fois, dont les échos se font entendre aujourd’hui encore. Car même si les arguments ont évolué, le thème de «la protection de l’enfance» vis-à-vis des homosexuels est celui qui n’en finit pas de revenir de façon obsessionnelle chez ceux qui, hier comme aujourd’hui, s’opposent à nos droits.

Si l’on mesure grâce à ce travail minutieux le chemin parcouru en France, Global Gay de Frédéric Martel permet, lui, d’avoir un aperçu de la situation des homos un peu partout dans le monde et d’illustrer à sa manière la sentence pasolinienne. La thèse – le progrès des droits gays est un marqueur sociétal mondial, lié à Internet et, dans une certaine mesure, à la mondialisation culturelle – est séduisante et le livre, à coup de portraits de militants, de descriptions de situations locales, s’attache à lui donner corps : autant avouer qu’on aimerait y croire.

D’où vient dès lors le sentiment déceptif qui nous gagne une fois refermée cette enquête passionnante sur le papier ? D’une sensation de survol à coup sûr, d’un objet trop vaste, d’une construction parfois brouillonne, dont la richesse pâtit de tunnels un peu complaisants (sur les méandres de l’ONU, par exemple) et d’angles morts révélateurs (l’absence totale de toute référence au sexe, au point qu’on croirait qu’aucun des quartiers gays dont Martel détaille la toponymie ne compte de boîte à cul…). Un essai essentiel mais inabouti.

 

Les Alinéas au placard d’Antoine Idier (éditions Cartouche)
Global Gay de Frédéric Martel (Flammarion)

 

10 - feux croises - im - Antoine Idier - DR

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