C’était un temps où, si on était un héros, on ne pouvait être gay. Roger Casement fut un héros, ô combien. Et son homosexualité causa sa perte. On dira d’ailleurs plutôt que c’est la révélation de son homosexualité qui le perdit et, plus encore, qui empêcha qu’on lui pardonne ses autres errements.

16 - selection 1 - im - Roger Casement (1864-1916)- DR

L’homosexualité comme une malédiction, comme une démonisation, comme une cause aggravante, l’histoire n’en est pas avare d’exemples. Et Roger Casement, tel que rendu à la vie par Mario Vargas Llosa, n’en est pas le plus mauvais. Car Casement, bien qu’inconnu ici, fut un héros, un de ceux qui par leurs combats changent la vie de millions d’êtres humains. Lui, ce fut au Congo et en Amazonie, au tournant des XIXe et XXe siècles, qu’il dénonça la colonisation et les traitements d’esclaves réservés aux indigènes. Des fortunes, des empires vacillèrent sous ses coups. Cet homme magnifique et intègre, tel que le raconte à un rythme trépidant le fastueux roman qu’est Le Rêve du Celte, n’avait que deux faiblesses : son ardent nationalisme irlandais et son désir caché pour les hommes. L’un et, plus encore, l’autre le mèneront au peloton d’exécution en pleine Première Guerre mondiale et noirciront pour longtemps sa mémoire. C’était un temps, plus récent, où, même sans être un héros, ce n’était pas facile d’être gay. Non pas que les choses soient devenues idylliques depuis les années 60, mais bon, il y a un mieux, même si les récents événements nous conseillent de rester vigilants.

C’est pourtant sur un ton drôle et cruel que Tom Lanoye nous le raconte, en forme de souvenirs d’enfance rangés dans Les Boîtes en carton du titre : comment, au premier regard, il s’éprit d’un autre garçon de son âge dans une école catholique et ce que cela allait engendrer. Énorme succès en Belgique lors de sa parution il y a une vingtaine d’années, ce récit d’apprentissage nous arrive seulement aujourd’hui et c’est un délice. Parce que la justesse des notations – sur l’amour, la religion, la famille… – est servie par une écriture inventive, enlevée et sans cesse savoureuse. Et parce que Lanoye, sans l’ombre d’une plainte ou d’un apitoiement sur soi, nous dit des vérités décidément toujours très actuelles sur ce que c’est qu’être gay.

Le Rêve du Celte de Mario Vargas Llosa (éd. Folio)

Les Boîtes en carton de Tom Lanoye (éd. de la Différence)

 

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