Antonio Alexandre est le directeur de l’Équipe Nationale d’Intervention en Prévention et Santé pour les Entreprises (ENIPSE), engagée dans la lutte contre le sida et les IST.

Comment la division en deux du SNEG peut-elle vous permettre d’être plus efficaces ?

L’idée de la séparation des deux pôles [cf. ci-dessous, NdlR] était une demande récurrente de nos financeurs publics. En effet, ils ont toujours eu une appréhension à financer une structure qui porte le nom de syndicat d’établissements commerciaux et ce, même si nos actions sont pertinentes. Ensuite, il s’agit de donner aux deux pôles (syndicat et prévention), les moyens de se développer chacun dans ses compétences et ses prérogatives. N’oublions pas que l’ensemble du tissu associatif français est en mouvement et que pour exister il faut s’adapter sans cesse, devancer la vague pour ne pas être emporté. Nous avons choisi une stratégie de long terme pour rendre cette séparation positive afin d’obtenir, tant pour l’axe syndical que pour l’axe prévention / lutte contre le sida, les agréments officiels nécessaires pour légitimer leur développement futur.

Antonio Alexandre, directeur de l'ENIPSE lutte contre le sida

On a l’impression que le sida et les IST ont disparu des préoccupations des gays : partagez-vous ce sentiment ?

Oui, c’est pourquoi il faut aller vers les clientèles pour discuter de sexualité, de prise de risque sans tabou, ni jugement.

Quel rôle les établissements gays peuvent-ils jouer dans la lutte contre le sida et les IST ?

Notre structure (hier le SNEG, aujourd’hui l’ENIPSE) est née de l’engagement des exploitants d’informer leurs clientèles sur le VIH/sida et les autres IST. Mais c’est vrai, c’est plus complexe aujourd’hui, tout n’est pas simple et nous ne vivons pas au pays des Bisounours ! Les exploitants ont leurs problèmes de chefs d’entreprises et notre équipe se retrouve parfois en difficulté pour maintenir ce partenariat santé. Nous ne pouvons pas toujours être d’accord sur tout ! Mais oui, l’engagement des commerces est essentiel dans la diffusion de l’information et dans la pérennisation d’une dynamique régionale et nationale de relais autour de la santé. Je remercie d’ailleurs les 130 exploitants en région Rhône-Alpes qui sont engagés à nos cotés.

L’ENIPSE s’adresse-t-elle aussi aux lesbiennes ou seulement aux gays ?

Progressivement et selon ses possibilités, l’équipe proposera des actions de prévention à tous les établissements festifs avec ou sans backroom en s’adaptant à la clientèle (personnes LGBT et hétérosexuelles).

On parle beaucoup de dépistage, surtout depuis 2010 ; quels autres grands axes l’ENIPSE souhaite-t-elle développer pour combattre l’épidémie de sida ?

Le développement de nouvelles approches de prévention doit garder pour fondement notre mission d’origine en direction de la population gay et notamment celle fréquentant les établissements gays et les sites de rencontre sur Internet. Ce rôle-clé du SNEG, aujourd’hui de l’ENIPSE, dans le rappel des basiques de la prévention n’est pas incompatible avec un rôle plus pointu d’évaluation de l’évolution des comportements sur le terrain au travers d’études socio-psychologiques, ni avec une approche de santé plus globale dépassant l’unique dimension de la sexualité pour englober le bien-être psychique et social des gays.

Nos priorités restent le développement, en collaboration avec l’association AIDES, d’actions de prévention qui proposent aux clientèles des lieux commerciaux un test rapide de dépistage et un accompagnement de qualité. Mais nous souhaitons aussi rajeunir nos interventions, les rendre plus ludiques et les adapter selon le lieu et la typologie de clientèle partout en France. Nous sommes en train de multiplier les permanences autour de la sexualité sur l’ensemble du territoire. Selon les lieux festifs (avec ou sans backroom) et à la demande des exploitants et du public (qu’il soit homo ou hétéro), nous allons mettre en place des actions de santé plus globales.

Photo : Antonio Alexandre, directeur de l’ENIPSE.

 

Le SNEG scindé en deux

Comprenant autrefois deux pôles (syndical et préventif), le Syndicat National des Entreprises Gaies (SNEG), créé en 1990, se scinde en deux pour laisser place à de nouvelles structures. La première, SNEG & Co, est spécialisée dans le conseil à la création et la gestion des entreprises dont les services sont destinés à une clientèle homosexuelle. La seconde, l’Équipe Nationale d’Intervention en Prévention et Santé pour les Entreprises (ENIPSE), poursuit le travail d’information et de lutte contre le sida (mais aussi des autres infections sexuellement transmissibles) entamé depuis plus de vingt ans par le SNEG.

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