Comment lutter contre la persistance des écarts de toutes sortes constatés dans le monde professionnel entre hommes et femmes ? Une conférence aux Subsistances se penche sur la question, tandis que le gouvernement dépose un projet de loi.

En France, en 2013 (et depuis une trentaine d’années), 80% des travailleurs à temps partiel (et 17,6% des dirigeants d’entreprise) sont des femmes. Leur retraite mensuelle (brute) atteint en moyenne 1165€, soit un tiers de moins que les hommes (1749€). Dans 97% des cas, ce sont elles qui prennent les congés parentaux après la naissance d’un enfant. Sur les 36 000 apprentis de Rhône- Alpes en 2005, 28% seulement étaient des filles. Toujours dans notre région, le taux de chômage des femmes était en 2008 supérieur de plus de deux points à celui des hommes (10,8% contre 8,6%). Ces quelques chiffres en vrac suffisent à prendre conscience de la persistance et de l’ampleur des inégalités et des disparités professionnelles entre les sexes. Le festival Mode d’emploi se penche sur le sujet à travers une conférence réunissant le psychiatre et psychanalyse Serge Hefez (auteur au Livre de Poche de Le Nouvel Ordre sexuel : pourquoi devient-on fille ou garçon ?, 2013) et la sociologue Margaret Maruani. Il y sera sans doute question de la place qu’occupent ces inégalités dans le système économique actuel : constituent-elles un frein à son développement, comme l’affirme une récente étude de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), qui estime que leur résorption permettrait au PIB français de progresser de 9,4% d’ici 2030 ? Ou sont-elles au contraire constitutives de l’organisation capitaliste, qui ne peut prospérer que grâce à une hiérarchisation sociale forte ? On y parlera aussi certainement de la prégnance des représentations genrées, qui conduisent encore souvent garçons et filles à s’orienter très tôt vers des métiers et des carrières distincts. Le sujet est revenu récemment à l’ordre du jour à la faveur d’un projet de loi présenté à la rentrée au Parlement par la ministre des Droits des femmes, Najat Vallaud-Belkacem. Elle espère faire progresser l’égalité entre les sexes avec «un texte cadre» englobant tous les domaines de la société et dont une part importante est consacrée aux discriminations dans le monde du travail. La mesure-phare du projet gouvernemental consiste à réformer le congé parental afin que celui-ci ne soit plus le quasi-apanage des mères : à partir du 1er juillet prochain, les parents d’un seul enfant, qui ont actuellement droit à six mois de congé, pourront bénéficier de six mois supplémentaires si ceux-ci sont pris par le second parent. Le texte prévoit également de priver d’accès aux marchés publics les entreprises de plus de cinquante salariés qui ne respectent pas les lois déjà existantes (mais très partiellement appliquées) en matière d’égalité professionnelle. Ces mesures auront-elles un impact significatif sur les discriminations sexistes dans les entreprises et, au-delà, dans l’ensemble de la société ? Pour atteindre son objectif, la ministre s’est fixé un horizon à moyen terme mais néanmoins ambitieux : pour tirer le bilan de cette loi, rendez-vous en 2025, dans une société que l’on espère plus égalitaire.

Le travail a-t-il un sexe ?, vendredi 15 novembre aux Subsistances, 8 bis quai Saint-Vincent-Lyon 1 / 04.78.39.10.02

Photo : Bûcheronnes travaillant dans les forêts du Sussex (Angleterre) durant la Première Guerre mondiale – © Imperial War Museums

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