En fait de poème fantasmagorique, Yann Gonzalez signe avec Les Rencontres d’après minuit le nanar de l’année. Bientôt culte ?

Détrompons tout de suite les aspirants voyeurs : contrairement à ce que peut laisser supposer son maigre argument (un jeune couple invite quatre personnes à une partouze), Les Rencontres d’après minuit n’est pas un énième porno arty à la Despentes ou à la Travis Mathews : le film n’est interdit qu’aux moins de douze ans et on ne verra finalement que peu de nudité à l’écran (hormis l’impressionnante prothèse d’Éric Cantona, véritable «clou» du spectacle, si l’on peut dire). De fait, il y a moins de scènes de cul que de scènes drôles dans Les Rencontres d’après minuit. Manque de bol, elles sont toutes dans la bande-annonce. Surtout, elles ne constituent que l’une des facettes du film, de très loin la plus intéressante : celle dans laquelle Yann Gonzalez accepte de se moquer de lui-même, du ridicule des situations dans lesquelles il place ses personnages (ah, Éric Cantona fouetté par une Béatrice Dalle coiffée d’une toque en hermine blanche tandis que deux gardiens de prison se masturbent en matant la scène !), de ses dialogues impossibles («Embrasse-moi ! Branle-le !») récités avec une diction sentencieuse («L’odeur de la baise est déjà là et pourtant ce n’est qu’une hypothèse» déclame ainsi, sérieux comme un pape, un Nicolas Maury hilarant en bonne perverse), de ses trucages cheap mais touchants (entre Ed Wood et Jean Rollin).

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Hélas, l’esprit de sérieux revient vite au galop : c’est qu’il ne s’agit pas simplement de faire rire mais de livrer au public «une bulle de rêve et de poésie» (Le Monde) ou encore «un film exalté, lyrique et furieusement sentimental» (Les Inrocks). Exalté, Yann Gonzalez l’est incontestablement dans ses prétentions auteurisantes et nous gratifie donc, dans la deuxième moitié du film, de longues séquences évoquant pêle-mêle l’amour, la mort, le désir, la solitude, la mélancolie, touça-touça, sans oublier la cinéphilie pour faire bonne mesure et flatter l’ego du spectateur. Comme beaucoup de jeunes cinéastes (on pense souvent à Xavier Dolan, pas seulement pour la présence de Niels Schneider mais aussi pour l’esthétique de pub Guerlain qui parcourt le film), Gonzalez est totalement prisonnier de sa cinéphilie, ici réduite à de simples citations. Il invoque ainsi en vrac Cocteau, Buñuel, Fassbinder ou Almodovar, mais c’est surtout à un autre chef-d’œuvre impérissable du cinéma français que l’on songe :

Niels Schneider, puisqu’on en parle, n’a jamais aussi bien mérité sa réputation de statue grecque : on croyait naguère que celle-ci était due à la beauté de ses traits, on se rend compte hélas qu’elle se justifie aussi par l’immobilisme de son jeu, tout entier contenu dans la mono-expression faciale qu’il arbore durant une heure et demi.

Avec un tel bilan au compteur, il n’est pas impossible après tout que Les Rencontres d’après minuit acquiert au fil des ans un statut d’œuvre culte : du genre de celles qu’on regarde entre potes, en fin de soirée et bien éméchés, en rigolant bêtement devant tant de vacuité et en se demandant comment, en 2013, une certaine presse a bien pu porter aux nues pareil nanar.

Les Rencontres d’après minuit de Yann Gonzalez, avec Niels Schneider, Kate Moran, Nicolas Maury, Éric Cantona (Fr., 2013, 1h32). Sortie le 13 novembre

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