La Lesbian & Gay Pride de Lyon, comme bon nombre d’associations LGBT et de lutte contre le sida, s’engage contre la pénalisation des clients de prostituées.

Alors que la proposition de loi visant à lutter contre «le système prostitutionnel» sera vraisemblablement votée à l’Assemblée nationale mercredi 4 décembre, la Lesbian & Gay Pride (LGP) de Lyon a dévoilé le 28 novembre sur les réseaux sociaux une série de visuels dénonçant la «responsabilisation » des clients des prostituées. Dès le 17 septembre, elle avait déjà rejoint les signataires d’un manifeste allant dans ce sens (initié par le collectif Droits et Prostitution), aux côtés de plusieurs centres LGBT de toute la France (dont, à Lyon, le Forum gay et lesbien et ARIS – Centre LGBTI). Ce front uni des associations homosexuelles et/ou trans agace au plus haut point les militants abolitionnistes, qui font circuler depuis début novembre un texte d’où il ressort in fine que si «les chefaillons de la communauté gay sont pro-prostitution», c’est parce qu’ils seraient animés par des fantasmes néocoloniaux, voire pédophiles… Olivier Borel, chargé de communication de la LGP, tente d’élever le débat : «en tant qu’association de défense des droits humains, on se bat pour la liberté de chacun de disposer de son propre corps. Par ailleurs, nous sommes aussi une association de santé communautaire, engagée dans la lutte contre le sida. Or, cette loi aura des conséquences sanitaires dramatiques en rendant les personnes prostituées encore plus vulnérables et à la merci des exigences de leurs clients. Enfin, il n’y a pas que les femmes qui se prostituent : il y a aussi des hommes qui vendent des services sexuels à d’autres hommes et nous devons défendre leurs droits».

Des féministes contre l’abolitionnisme

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La campagne entend notamment tordre le cou à certaines idées reçues sur la pénalisation des clients, par exemple en rappelant que féminisme et abolitionnisme ne vont pas forcément de paire : «cette proposition de loi est combattue par le Planning familial ou par des penseurs féministes comme Élisabeth Badinter. Sans oublier Médecins du monde, les principales associations de lutte contre le sida ou même des mouvements qui défendent l’abolition de la prostitution, comme la Ligue des Droits de l’Homme, mais sont conscients que la pénalisation des clients va précariser encore davantage les travailleurs du sexe». Autre mythe tenace, celui qui prête mille vertus au fameux “modèle suédois“ : «un rapport datant de 2012 du Programme des Nations-Unies pour le Développement (PNUD) estime que “cette approche […] a eu des conséquences graves pour les travailleurs“. Elle n’a fait que déplacer la prostitution de la rue vers Internet». Malgré ces nombreuses mises en garde, Olivier Borel ne se fait guère d’illusions sur l’issue des débats parlementaires : «la proposition de loi sera probablement votée. Mais on espère convaincre quelques parlementaires réticents de voter contre la loi plutôt que de s’abstenir». David Souvestre, porte- parole de la LGP, renchérit : «comment un député comme Jean-Louis Touraine, qui a fait de la lutte contre le sida le cœur de son combat, pourrait-il voter cette loi ?». Après le vote de l’Assemblée nationale, la proposition de loi devra encore passer devant le Sénat, où, là encore, ses opposants espèrent bien se faire entendre.

9 Réponses à “Prostitution : la Lesbian & Gay de Pride de Lyon contre la pénalisation des clients”

  1. babeil

    Je partage entièrement l’avis de l’auteur du billet intitulé « Pourquoi les chefaillons gays etc…. ». Le fondateur et ex président d’Act Up Paris Didier Lestrade a bien confirmé cette forte tendance au tourisme sexuel dans les pays Asiatiques, Africains et Sud américains des gays Occidentaux. Cette domination raciale probablement alimentée par les pires clichés et stéréotypes véhiculés dans la pornographie gay et entretenue par les dirigeants des associations gays n’est donc pas une vue de l’esprit.

    Quant aux féministes pour la prostitution, je remarque que vous n’êtes jamais capable de citer d’autres personnes qu’Elisabeth Bas de Terre qui au passage, est au féminisme ce que Clayderman est à la musique classique. Toutes les féministes françaises reconnues sont contre la prostitution.

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    • Romain Vallet

      Dans son dernier livre (Pourquoi les gays sont passés à droite), Didier Lestrade écrit qu’il voudrait vivre une relation avec un Asiatique, un Africain, un homme issu d’une culture non-occidentale. Il ne parle pas d’argent, de prostitution ou de tourisme sexuel…
      Quant aux féministes anti-abolitionnistes, outre Badinter, en voici plus d’une vingtaine : http://www.liberation.fr/societe/2013/11/21/feministes-donc-contre-la-penalisation-des-clients_961094
      Le problème vient peut-être justement de cette hiérarchie que vous soulevez entre les féministes « reconnues », celles qui ont droit à la parole (et, demain, grâce à cette loi, aux financements, puisque seules les associations abolitionnistes pourront recevoir des subventions pour venir en aide aux prostituées) et les autres, celles qui ne sont pas « reconnues » mais dont la réflexion s’avère souvent plus stimulante…

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  2. babeil

    Je n’ai pas dit que Lestrade avait parlé du tourisme sexuel gay dans son livre que je n’ai pas lu personnellement, mais il en a parlé sur son blog et au cours d’interviews, et il dit très directement que les gays sont accrocs non seulement au commerce sexuel, mais plus particulièrement au tourisme sexuel, pédophilie comprise. Il explique pourquoi ce soutien sans faille de la totalité des leaders du mouvement gay à des personnalités telles que Frédéric Mitterrand et Pascal Sevran lors des polémiques sur l’apologie de la pédophilie et l’appel au génocide pour l’animateur de l’émission de chansons. Il cite également d’autres personnalités gays, moins connues, qui auraient à demi-mot vanté le tourisme pédocriminel. Il confirme donc le sentiment relaté par l’auteur du blog « independentmetisse ».

    Et dans la liste que vous avez donnée de libération – pour simple rappel journal très féministe qui avait publié une pétition en faveur de la libération de pédophiles dans les années 70 et a pris parti pour DSK dans l’affaire du viol de la femme de chambre à New York – il doit y en avoir quelques unes ex pornocrates qui font du commerce sexuel leur businness, d’autres qui n’ont lutté que pour la prostitution mais au total de toute manière une liste de femmes qui, si elles sont réellement féministes, restent ultra-minoritaires.

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    • Romain Vallet

      Ce n’est pas défendre la pédocriminalité que de rappeler que Frédéric Mitterrand a été accusé de pédophilie sans la moindre preuve, et alors qu’il a toujours nié avoir eu des relations tarifées avec des mineurs.
      Concernant Pascal Sevran, je ne sais pas qui sont « les nombreux gays » qui lui ont apporté leur soutien, mais il y en a tout autant qui ont dénoncé ses propos, y compris Lestrade lui-même d’ailleurs !
      Oui, il y a des gays qui pratiquent le tourisme sexuel, certains avec des mineurs. Comme le font certains hétéros. Mais dire que cela concerne une grande partie des gays et « la totalité des leaders du mouvement gay » relève de la diffamation pure et simple…
      Pour le reste, Libération est un journal d’opinions, qui publie dans ses pages « débats » de nombreux points de vue, souvent contradictoires, qui ne sont pas écrits par ses journalistes et qui ne reflètent pas nécessairement l’avis de la rédaction.
      Sur les signataires de la pétition : il suffit de les lire pour s’apercevoir que cette question n’est pas leur seul combat et que beaucoup s’engagent aussi contre le racisme, pour la visibilité des lesbiennes, pour les droits LGBT, etc. Et pourquoi ces féministes seraient-elles « ultra-minoritaires » ? N’ont-elles pas le droit, elles aussi, de porter une parole féministe ? Est-ce si difficile de reconnaître qu’il existe un débat au sein même des personnes qui se réclament du féminisme ?

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  3. babeil

    Mitterrand a été accusé sur la base de ce qu’il a écrit. Son livre fait office de preuve matérielle. On peut toujours croire comme il s’en est justifié par la suite que les « gosses », les « jeunes gens » et la « foire aux éphèbes » étaient la description d’adultes de 40 ans, mais comme je l’ai dit il n’y a que les leaders du mouvement gay qui ont essayé de nous le faire croire. Quant à Sevran, j’ignore quels sont les nombreux gays qui ont dénoncé ses propos, mais ils se sont montré très discrets. La forte tendance de la communauté gay au tourisme sexuel n’est pas ma théorie, c’est celle de Didier Lestrade qui a vécu dans le milieu, donc je suppose qu’il se base sur ce dont il a été témoin, ses relations et connaissances….

    Je veux bien qu’un journal publie des opinions contradictoires, mais justifier d’accorder une tribune à des partisans de la pédophilie sous couvert de neutralité professionnelle, liberté d’expression et diversité d’opinions relève de la pire mauvaise foi. La pédophilie n’est pas une idée banale qu’on peut balancer comme ça dans
    les pages de son propre journal puis dire que ça n’engage que les auteurs de la pétition.

    Je ne dis pas qu’il n’y a pas divergence d’opinions au sein du mouvement féministe, mais sur des sujets comme l’avortement, la contraception et le commerce sexuel, il y a quand même une position très largement dominante voire quasi unanime laissant très peu de places à quelques impostures qui se sont découverts féministes sur le tard et juste, comme par hasard pour défendre leur gagne pain….o:-))

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    • Romain Vallet

      Les termes employés par Mitterrand sont ambigus et peut amener le lecteur à se poser légitimement la question de savoir si les prostitués dont il parle étaient majeurs au moment des faits, comme il l’a toujours prétendu. Il est vrai que s’ils avait été mineurs, il ne s’en serait sans doute pas vanté… Je n’en sais rien, je n’étais pas avec lui dans les bordels de Bangkok. Reste qu’une ambiguïté n’est pas une preuve, et je doute qu’aucun tribunal puisse le condamner sur la base de ces écrits. Et en l’absence de preuve, il me semble que c’est la présomption d’innocence qui doit prévaloir. La pédophilie est une accusation trop grave pour qu’on l’emploie à la légère.
      Quant à Didier Lestrade, même les meilleurs activistes peuvent se prendre les pieds dans le tapis : son regard sur les gays (surtout dans ces écrits les plus récents) est souvent dur, parfois injuste, et il a d’ailleurs été très critiqué lors de la parution de son dernier livre justement pour s’être laissé aller à des généralisations abusives sur les gays, qui seraient, selon lui, massivement passés à droite. Tout ce qu’il écrit ne doit donc pas être pris pour parole d’Évangile…
      Sur les diverses pétitions publiées dans Le Monde et Libération ou adressées au Parlement entre 77 et 79, on ne comprend rien à cette affaire si on ne la replace pas dans son contexte, qui est celle d’une réflexion plus large sur l’enfance et son statut de « minorité ». Je vous renvoie à l’article qu’un de nos contributeurs, qui est universitaire et qui a travaillé sur cette question (Antoine Idier) a publié récemment dans Hétéroclite : http://www.heteroclite.org/?p=3721. Cela n’excuse évidemment pas tout, mais, si on veut faire de l’Histoire et pas de la polémique, cela permet de comprendre comment des personnalités dont l’écrasante majorité n’étaient pas elles-mêmes pédophiles ont pu signer ces pétitions. Au passage, il y avait aussi parmi elles des féministes telles que Simone de Beauvoir, Françoise d’Eaubonne, Christiane Rochefort… Mais peut-être considérez-vous aussi que ce sont-là des féministes ultra-minoritaires qui défendaient leur gagne-pain…

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  4. babeil

    Vu le climat de libération de la parole pédophile dans ce pays où des gens haut placés peuvent se permettre toute honte bue de signer des pétitions dans libé et le monde en faveur des relations adultes enfants, soutenir et protéger des cinéastes déjà condamnés et sous le coup d’un mandat d’arrêt international ou accorder des interviews pro-pédophilie dans l’ex journal gay pied par exemple, « se vanter » comme vous dites par écrit de fréquenter des mineurs ne semble pas réellement dangereux pénalement. Que Mitterrand se soit incriminé dans sa propre autobiographie ne relève ni de l’exploit ni de l’invraisemblance puisque d’autres l’ont fait avant lui en toute impunité. La vérité est que les termes employés par l’auteur ne sont ambigus que pour ceux qui ne veulent pas comprendre. Chez nous, on accorde même le droit d’asile à des types comme Polanski, c’est dire comme la pédophobie est quasiment traitée comme une persécution.

    Pour revenir aux accusations proférées par de grands activistes comme Didier Lestrade, qu’elles soient jugées grossières et excessives par le milieu et les personnes mis en accusation ne devrait pas vous surprendre. J’ai rarement vu des gens accusés de tourisme sexuel et de nationalisme, les deux étant étroitement liés, admettre les faits. Doutez comme il vous plaira de ses propos qui reposent sur des faits concrets, mais on peut légitimement s’interroger sur l’intérêt de trainer dans la boue une communauté – ses amis compris – à laquelle il appartient. Mais surtout il n’est pas le seul à porter d’aussi graves accusations de l’intérieur, puisque Judith Butler a fait de même en refusant un prix venant de la communauté lgbt allemande. On n’a donc pas affaire à des agents infiltrés homophobes mais à des militants historiques de longues dates qui ne visent pas un ou deux individus personnellement mais au moins tout un ensemble d’organisations. La sociologue Christine Delphy militante lesbienne émet les mêmes critiques quand elle affirme je cite que « les homosexuels sont devenus les nouveaux oppresseurs des noirs, maghrébins et musulmans ». Il y a aussi cette affiche de la gay pride 2010 (ou 2011 je ne sais plus très bien) qui représentait un coq blanc entouré d’un boa rouge, allusion au drapeau français, symbole nationaliste par excellence qui a fait bondir des associations noires et lesbiennes. Cette affiche retirée uniquement sous la pression de ces dernières malgré la résistance des instances dirigeantes n’a pu être proposée que parce que l’ensemble de l’inter-lgbt, bureau, direction, cadres, militants, adhérents ont soutenu et voté l’idée. Cette fois encore, ça n’engage pas une ou deux personnes mais le principal réseau homosexuel. Vous pouvez n’y voir que des témoignages de militants vieillissants en plein naufrage psychologique qui en ont cependant fait plus que vous sur le terrain de toute leur vie, mais ça commence tout de même à faire beaucoup de remise en question non pas d’une ou deux personnes, je répète, mais de tout l’ensemble du lobby gay par des homosexuels eux mêmes. Racisme, nationalisme, machisme, ça fait beaucoup de coïncidences avec un soutien unanime du mouvement gbt et je dis bien GBT (je n’inclus pas les lesbiennes dont certaines ont eu le courage de se dissocier de cette démarche) au marché des êtres humains prostitués qui selon moi, ne peut s’expliquer par des motifs de précarisation sanitaire mais par des motivations idéologiques de multi-oppressions des noires, des femmes, des enfants.

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