Entre rétrospective à la Cinémathèque française et projections de copies restaurées dans tout le pays, 2013 aura été l’année Jacques Demy. On profite du passage à Lyon de son compositeur attitré pour faire de décembre le mois Michel Legrand.

Au début des années 60, les dialogues du cinéma français ne se parlent plus mais se chantent. Quelques années plus tôt, le réalisateur Jacques Demy a rencontré le compositeur Michel Legrand par l’intermédiaire d’Agnès Varda. De leur collaboration naît la première comédie musicale française : Les Parapluies de Cherbourg. Legrand compose la musique ; Demy cale et retouche le travail de son acolyte en fonction du scénario et des déplacements des acteurs. Le tandem fonctionne à merveille, à l’instar de cette innovation cinématographique que constituent des dialogues chantés du début à la fin, et le film remporte la Palme d’or au festival de Cannes en 1964.

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Un succès public et critique qui n’avait rien d’évident : à l’époque, les comédies musicales hollywoodiennes ne rencontraient que peu de succès dans l’Hexagone, les Français se passionnant davantage pour les muscles huilés du viril Charlton Heston dans Ben Hur que pour les histoires d’amour chantées sous la pluie. Et pourtant, la France entière va pleurer le départ pour l’Algérie de Guy (Nino Castelnuovo) à l’unisson avec Geneviève (Catherine Deneuve), chantant dans ce café morne : «mais je ne pourrai jamais vivre sans toi, je ne pourrai pas, ne pars pas, j’en mourrai». Les violons larmoyants transmettent une vérité des sentiments saisissante et Michel Legrand fait preuve de beaucoup d’ingéniosité : si la musique du film est constituée de plusieurs thèmes qui se répètent, ni Geneviève ni Guy n’en ont un “à eux“. Leur thème musical n’apparaît que lorsqu’ils sont ensemble, accentuant ainsi l’idée qu’ils ne sont rien l’un sans l’autre.

Le grand succès

Demy et Legrand renouvelleront leur collaboration sur d’autres films, tous salués par la critique. Mais le second poursuit également son travail avec d’autres réalisateurs et enchaîne les succès : en 1968, il compose la bande originale du film L’Affaire Thomas Crown, qui comprend notamment le célèbre titre The Windmills Of Your Mind (Oscar de la meilleure chanson originale l’année suivante) interprétée par la suite par de nombreux artistes (Barbra Streisand, Dusty Springfield…) et chanté en français sous le titre Les Moulins de mon cœur. Âgé aujourd’hui de 81 ans, Michel Legrand a retrouvé récemment la scène en formant un duo avec la chanteuse d’opéra Natalie Dessay. Ensemble, ils reprennent tous les tubes du compositeur. La soprano laisse de côté les trémolos pour un chant plus sobre et avec Legrand à ses côtés, l’illusion est totale : nous revoilà à Cherbourg à attendre le retour de Guy… Cinquante ans plus tard.

Natalie Dessay et Michel Legrand, vendredi 6 décembre à l’Amphi 3000, 50 quai Charles de Gaulle-Lyon / www.natalie-dessay.com

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