edouard-louis-en-finir-avec-eddy-bellegueule-editions-du-seuil-heterocliteEn finir avec Eddy Bellegueule est un livre aussi beau qu’il est violent. Eddy Bellegueule a grandi dans un village déshérité socialement du nord de la Picardie. Il est un enfant maigre dans une famille où tout le monde est obèse, un enfant qui rêve de faire de la danse dans un univers où tous les garçons jouent au foot, un enfant dont le père se demande «c’est un mec, oui ou merde ?». Un «pédé», une «gonzesse» aux yeux de sa propre famille, des voisins ou des deux garçons qui l’attendent chaque jour au collègue pour le brutaliser. Un garçon qui, du fait de son homosexualité, prend en dégoût sa famille et son milieu ouvrier et qui fait tout pour y échapper.

Violence homophobe, violence sociale

La violence est là, dans le portrait terrible de cette famille et de ce monde qu’il a fui, et répond à ce qu’Eddy a subi depuis qu’il est tout petit. Placé sous le patronage de Thomas Bernhard (loin d’être immérité, tout comme celui de Marguerite Duras), le roman se construit comme une surenchère dans le récit des coups, des humiliations et des insultes. Mais là où En finir avec Eddy Bellegueule est encore plus puissant, c’est dans le souci de justesse et de finesse qui anime ce portrait de la famille. Il rappelle ainsi sans cesse la violence sociale qui s’exerce contre ce milieu et le poids des déterminismes sociaux. Tout en dressant un tableau redoutable de ceux dont il ne voulait plus qu’ils soient les siens (et qui ne voulaient pas de lui comme un des leurs), il décrit le chômage, le manque d’argent, le mépris pour la santé, l’exclusion du système scolaire et la condamnation à l’usine pour les hommes, à la caisse des supermarchés pour les femmes. La violence qui anime En finir avec Eddy Bellegueule, superbe premier roman d’Édouard Louis, est ainsi moins une révolte contre cette famille-là qu’une insurrection contre le fonctionnement de la société qui lui a assigné la place qu’elle occupe.

En finir avec Eddy Bellegueule d’Édouard Louis (éditions du Seuil)

Photo : Édouard Louis (© John Foley)

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