girlfight-audrey-chenu-catherine-monroy-presses-de-la-cite-heteroclitePasser le jour de ses vingt ans en prison, c’est sordide. Audrey Chenu le décrit très bien dans son récit Girlfight. Ni misérabilisme, ni victimisation de la part de celle qui est désormais institutrice, entraîneuse de boxe et ancienne détenue, mais deux-cent-quatre-vingt pages pour raconter l’emprisonnement et la difficulté de garder sa dignité. Comment réussir à faire ses besoins à côté de ses codétenues ? Comment rester propre avec seulement trois douches par semaine ? La réalité est là, dure, dans les mots d’Audrey Chenu, recueillis avec simplicité par Catherine Monroy. Une dureté toutefois contrebalancée par une fantaisie qui affleure par moments. Nous apprenons ainsi qu’en prison, les femmes «s’enquillent» des objets : leur vagin sert de cachette pour passer en loucedé dans leur cellule du cannabis ou toute autre chose interdite. Nous apprenons aussi que les scènes de douches des séries télé ne reflètent pas toujours la réalité : ainsi la sculpture sur pubis, que ce soit pour représenter un symbole anarchiste ou le logo d’une marque de sport, est plus fréquente que les agressions sexuelles… Paradoxalement, la prison est décrite ici comme un espace de liberté retrouvée : les barreaux protègent les anciennes femmes battues qui se sont vengées de leur agresseur ; les livres et le sport aident à rester lucide et à reprendre sa vie en main. Et c’est finalement en prison qu’Audrey Chenu s’est découverte, de la philosophie à la boxe en passant par la prise de conscience de son homosexualité. Infatigable battante, c’est là qu’elle a entamé sa reconstruction.

Girlfight d’Audrey Chenu et Catherine Monroy (Presses de la Cité)

Photo : Audrey Chenu à Paris le 11 septembre 2013, © P. Matsas

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